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Dinos 6: «Fouillis tectonique»

La chaîne atlasique, le cauchemar des gens structurés! swissinfo.ch

Les dinos dorment dans l'Atlas, extraordinaire univers minéral fracassé. Au secours des paléontologues, les géologues tentent de démêler l'écheveau.

Un fossile de dinosaurien peut se définir grâce à des analyses morphologiques, et grâce à l’anatomie comparée, une méthode inventée par le Français Georges Cuvier au début du 19e siècle. Mais d’autres approches sont indispensables, notamment pour le dater. La palynologie, par exemple. Ou l’analyse géologique des couches.

Pour le géologue Michel Monbaron, professeur à l’Université de Fribourg, le travail ne se déroule pas sur le gisement-même, mais tout autour: «Comme le site n’est pas encore bien situé au plan stratigraphique et tectonique, je suis chargé d’étudier son contexte. Je dois donc parcourir l’ensemble de la région pour essayer de reconstituer les structures géologiques, leur géométrie.»

Redonner un sens au chaos

Pour résumer la difficulté de la tâche, disons que l’Atlas n’est pas une région géologiquement limpide. Prenons l’anti-Atlas: là, c’est clairement du vrai vieux: «Des roches du paléozoïque, mais aussi de l’antécambrien – 500 millions à un milliard d’années», explique Michel Monbaron. Plus embrouillé est l’Atlas: «Ce massif est constitué de roches des Eres primaire, secondaire et tertiaire – de 300 millions d’années à maintenant.»

Le Haut Atlas? Une stratigraphie très chamboulée par des événements tectoniques multiples: «Lorsque les structures se sont mises en place, le bassin du Haut Atlas a été comme comprimé par des poussées, et tous les terrains, des plus récents au plus anciens, ont été éjectés dans cette espèce d’étau, puis se sont déversés soit vers le sud, soit vers le nord, en créant des structures complexes».

Dans la région de Toundout, on trouve des roches sombres de l’ère primaire, qui forment le noyau de la chaîne atlasique dans ce secteur. Par-dessus, des roches rouges, gréseuses, contenant du fer (d’origine continentale) et des roches calcaires, beiges (d’origine marine). «Pendant plus de 100 millions d’années, il y a eu un jeu entre l’arrivée de la mer et son retrait, une alternance continuelle entre mer et continent», précise Michel Monbaron. Dans la région, on trouve donc aussi bien des fossiles de dinosaures que de dents de requin ou d’ammonites.

Face au site, l’œil du géologue s’allume: «Ici, j’ai l’impression que les terrains ont une couleur et une texture totalement différentes de ce qu’on a vu en venant de Ouarzazate, qui relevait du Crétacé. J’émets l’hypothèse que cette zone n’a donc pas le même âge. Et c’est justement dans cette roche brune que se trouvent les gisements. Pour moi, on se trouve dans un autre compartiment géologique.» Soit un compartiment plus ancien, datant peut-être du Jurassique inférieur (Lias).

Ballade géologique

Autour de Toundout, Michel Monbaron arpente chemins, villages et pentes. Regarde les couleurs, les formes des roches. Repère les taches blanches et les goûte, histoire de vérifier qu’il s’agit bien de sel. Ce jour-là, «Lias ou Trias?» est le leitmotiv de la promenade! Dans un carnet, il consigne ses notes, et les coordonnées de chaque point important, mémorisées grâce à un GPS.

Le tout est reporté sur une carte géologique au 100.000ème, dûment coloriée, avec des couleurs conventionnelles. Ce qui permettra de mieux visualiser la structure géologique de la zone concernée. Un travail qui sera complété, le soir à l’hôtel, par l’analyse de photos aériennes, observées en stéréoscopie.

Bilan en points de suspension

Fin de journée. Nous avons parcouru plusieurs kilomètres dans la caillasse, sous le soleil d’abord, sous un ciel d’orage et par un vent frisquet ensuite. Michel Monbaron n’en est qu’au début de son travail, mais semble un peu perturbé: «on se trouve dans un fouillis tectonique absolument invraisemblable.»

Pour lui, les jours à venir ne seront pas de tout repos: «Il est nécessaire de passer partout, d’aller vérifier chaque affleurement, chaque endroit structurellement stratégique, pour essayer d’y comprendre quelque chose. Arpenter la région, de long en large, en travers, en haut en bas, grimper les pentes, descendre dans les vallons, casser le caillou, le lécher, mesurer…».

Et si, malgré son expérience et sa volonté, il ne parvenait pas à une conclusion significative à la fin de son séjour? Que se passerait-il? «Il faudrait continuer les recherches à une échelle plus précise. Chercher de nouveaux partenaires, des micro-paléontologues, pour investiguer des séries rocheuses que je n’aurais pas eu le temps d’investiguer.»

Mais malgré la complexité du lieu, Michel Monbaron n’envisage guère l’échec: «Dans dix jours, j’aurai fait le tour du problème avec les instruments qui sont les miens: marteau boussole, lecture des photos aériennes. Avec tout cela, je parviendrai à un certain degré de détail et de certitudes quant à l’âge et à la position des couches concernées. Je suis persuadé que nous arriverons à la solution».

swissinfo/Bernard Léchot

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