Dinos 7: L’enquête progresse
Malgré le secret et la prudence qui entourent les investigations des chercheurs, la richesse du site se confirme. Les dinos se ramassent à la pelle...
Voir les enquêteurs au travail, c’est bien. Mais connaître le résultat de leur enquête titille évidemment les journalistes que nous sommes. Pourtant, le paléontologue français Philippe Taquet est d’une grande discrétion: «Déjà, quand il y a dinosaure, pour moi, c’est intéressant. Là, en plus, ils sont sans doute relativement inconnus. Mais c’est trop tôt pour dire ce que c’est… il y a beaucoup d’os… il faut maintenant les extraire, les dégager, les étudier.»
Oui, mais encore? «Ce serait de la science-fiction que de vous dire ce que c’est. Ce sera seulement lorsqu’on aura comparé ces pièces avec d’autres, trouvées ailleurs, qu’on pourra éventuellement dire: c’est nouveau, c’est la même chose ou c’est différent. Cela a été le cas pour le Géant de l’Atlas. Il a fallu une longue enquête policière pour pouvoir affirmer que c’était un type nouveau, et pouvoir le baptiser Atlasaurus imelakei».
«Le vrai puzzle se fera en laboratoire et là, cela pose moins de problèmes que sur le terrain: question de temps et d’habitude, de pratique et de connaissance anatomique… Surtout, il ne faut pas négliger les petites pièces: « un os de 3 cm est parfois beaucoup plus informatif qu’un fémur de 2 mètres de long!» constate Ronan Alain, le jeune bras droit de Philippe Taquet au Muséum.
Le voile se soulève
Jusque là, en matière de datation, tout le monde a parlé d’«hypothèse». Mais Ronan Alain est un peu plus affirmatif: «On est venu pour trouver des animaux ayant vécu à une époque dont on ne sait rien. On connaît pas mal d’animaux de l’époque du début des dinosaures, au Trias supérieur, mais entre le Trias supérieur et la fin du Jurassique, il y a des gros trous. Pas un seul dans le Jurassique inférieur. Or ici, il y a plein de fossiles.»
Et d’ajouter: «C’est le début de la plupart des grands groupes, ce qu’on appelle une radiation au niveau des espèces, une multiplication des espèces. Les principaux groupes de dinosaures vont se mettre en place pendant cette période du jurassique inférieur moyen. Et on a donc peu ou pas de comparaisons. On peut donc trouver des dinosaures différents, voire très différents de ce que l’on connaît. Et comme on est sur des sites où il y a plusieurs animaux, c’est assez complexe».
Extraordinaire représentation
Le travail d’analyse se faisant essentiellement en laboratoire, renonce-t-on pour autant à toute déduction sur le terrain? Non, bien sûr, et pour Ronan Alain, c’est même là que réside une bonne part du plaisir: «C’est sur le terrain qu’on délire vraiment, beaucoup plus qu’après, dans notre bureau. On échafaude plein de choses, et on constate six mois plus tard, parfois, qu’on était complètement à côté. On se trompe parfois du tout au tout, ce qui ne nous empêche pas de faire des hypothèses… C’est ça qui est marrant!»
Alors, venons-en au fait: qu’a-t-on déjà trouvé, ici, à Toundout? Tout en restant au niveau du général, Ronan Alain nous apporte une solide confirmation de la richesse du gisement: «On a tous les grands groupes de dinosaures représentés sur le même site. Des carnivores – des théropodes -, des grands herbivores – des sauropodes. Et on a des représentants de l’autre grand groupe herbivore, les ornitischiens, au travers au moins deux individus différents.»
Et d’ajouter: «On ne peut pas encore les placer dans une famille précise, il faudra attendre le dégagement des pièces au laboratoire pour cela. Mais il y a même des chances qu’on trouve des familles, voire des grands groupes jamais décrits auparavant. Ce n’est pas à exclure».
Voilà une bonne info.
swissinfo/Bernard Léchot
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