Dinos 9: Mission accomplie
Au revoir l'Atlas. L'étape 2002 des fouilles Dino Atlas est terminée. Les chercheurs sont de retour à leurs bureaux. Le bilan de Michel Monbaron.
Nous avons quitté l’équipe de «Dino Atlas» dans un restaurant de Ouarzazate. Remarquables tajines. Le lendemain matin, alors que les chercheurs retournaient sur le gisement, nous, nous tournions le dos au désert du «sillon subatlasique» et attaquions l’Atlas pour franchir un peu plus tard le Tizi-n-Tichka dans la neige. Ambiance alpine: l’après-midi même, le col était fermé pour cause de nouvelles chutes de neige. Escale à Marrakech. Envol de Casablanca.
Le sourire au rendez-vous
Mai 2002. Nous sommes à l’Université de Fribourg, Département des Géosciences, dans le bureau de Michel Monbaron. Sur une table, une photo aérienne de la région de Toundout et le microscope stéréoscopique qui permet d’en faire la lecture en relief.
Le professeur est content: «J’ai continué mon travail de prospection, avec l’aide d’un collègue français, spécialiste de la sédimentologie. J’ai notamment trouvé l’endroit clé que je cherchais, celui qui me confirmerait que les couches dans lesquelles se trouvent ces dinosauriens sont en continuité avec des couches plus anciennes. Des couches marines dans laquelle on trouve micro et macro fossiles datables et identifiables».
Pour Michel Monbaron, c’est donc la satisfaction du devoir accompli: «Ces couches ont été trouvées, la continuité a été prouvée, ainsi je suis en mesure d’affirmer ou de confirmer que les couches dans lesquelles se trouvent ces dinosauriens sont des couches anciennes, de 185 à 190 millions d’années. Et donc que les fossiles que l’on a trouvés sont très anciens.»
A ce propos, la récolte a été bonne? «Les trouvailles se sont accumulées. Les paléontologues ont trouvé de superbes pièces, un véritable trésor paléontologique. On sait déjà que c’est très important, mais cette importance sera précisée par la suite.»
Science et médias
«Cette importance sera précisée par la suite»… Car le résultat détaillé de l’enquête restera, pour quelques temps encore, un mystère. Et cela pour deux raisons. La première, c’est que l’enquête se poursuit: les paléontologues doivent encore étudier les pièces qu’ils ont découvertes et les comparer à la masse des fossiles qu’on connaît déjà. De leur côté, le sédimentologue comme le palynologue sont en train d’analyser leurs échantillons, qui devraient permettre de resserrer la fourchette temporelle définie par Michel Monbaron.
L’autre raison est plus médiatique que scientifique: la publication des résultats se fera dans un journal scientifique prestigieux. Cette publication sera accompagnée d’une conférence de presse et, dans la mesure du possible, coordonnée avec la sortie d’un film documentaire produit par une maison de production franco-belge qui a suivi toute l’aventure.
La science ne vit pas que de l’air du temps. Au même titre qu’un artiste soigne sa «promo» et ses «exclusivités», les chercheurs visent logiquement à un impact maximal de leurs trouvailles. Le financement de leurs expéditions à venir, notamment, en dépend.
«Il y a de bonnes probabilités pour qu’une révélation importante, au niveau de la chronologie et de l’apparition des dinosauriens dans le monde, puisse être posée vers fin 2002», conclut Michel Monbaron.
Le gouffre du temps
Du sud marocain, nous retiendrons les couleurs bien sûr. Les parfums, celui de la cannelle, du safran et du cumin. Le regard des gens, croisés furtivement dans ces villages du sud de l’Atlas – regard ouvert des hommes, timide des femmes, rieur des enfants. Rien à voir avec le harcèlement des lieux touristiques. Et puis nous retiendrons le silence des montagnes, cette impression de temps suspendu lorsqu’on est assis, seul, sur un rocher. Qu’il soit d’ailleurs du Trias ou du Lias.
Le temps suspendu. Nous avons quitté le Moyen-Age il y a 510 ans. Mahomet s’est enfui à la Mecque il y a 1370 ans. Jésus est né il y a 2000 ans environ. Ramsès II est mort il y a 3237 ans. L’Homo Sapiens est apparu il y a 200 000 ans. L’Homo Habilis il y a 3,5 millions d’années. Et l’australopithèque, semble-t-il, 2 millions d’années plus tôt.
Des enfants, juste des enfants… Au cours de ce voyage, j’ai touché des ossements qui avaient 190 millions d’années. Un espace-temps qui permet de relativiser la prétention des affirmations métaphysiques, l’arrogance des certitudes dogmatiques.
Et, plus prosaïquement, de jeter un autre regard sur notre quotidien, comme le constate Philippe Taquet: «Le temps, c’est très précieux. Chaque seconde de la vie d’un homme compte. Mais en même temps, le fait d’être paléontologue permet de relativiser les choses. Quand on voit des gens pressés, agités, stressés par la vie moderne, on se dit qu’ils devraient faire un peu de paléontologie: cela leur donnerait la juste mesure des choses et du temps».
swissinfo/Bernard Léchot
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