Suisses de l’étranger, la Rega ne garantit pas votre rapatriement
Beaucoup d’expatriés helvétiques pensent pouvoir compter sur la Rega en cas d’urgence médicale. Pourtant, l’adhésion à la garde aérienne de sauvetage n’assure ni un vol de retour vers la Suisse ni une prise en charge automatique des frais.
Lorsqu’Adrienne Otti tombe gravement malade en Hongrie et doit être hospitalisée, une chose apparaît immédiatement évidente pour son mari: elle doit être soignée en Suisse. Bien qu’à la retraite et installé à l’étranger, le couple de Suisses expatriés reste affilié à une assurance maladie helvétique.
Depuis plusieurs années, Bernhard Otti vit à Balatonalmádi, à environ 80 kilomètres du lac Balaton. En avril dernier, son épouse a passé deux semaines à l’hôpital. Il décrit des conditions de prise en charge précaires: manque de soins, quasi-absence d’intimité, pénuries de papier toilette, de couverts et même de piles pour l’électrocardiographe. «C’est moi qui ai dû les apporter à l’hôpital», déplore-t-il.
Bernhard Otti contacte alors la Rega pour organiser un rapatriement. Après tout, le couple est donateur depuis des années. «Je pensais qu’en tant que donateur, j’avais droit à un rapatriement», explique-t-il. Mais la réponse tombe rapidement: la Rega ne peut pas intervenir.
«On m’a dit: pas de domicile en Suisse, pas de rapatriement», raconte-t-il. Contraint d’accepter la décision, il relit ensuite les statuts de l’organisation et comprend la logique du refus. La déception, elle, demeure intacte: «Je ne suis certainement pas le seul Suisse de l’étranger à se retrouver dans une telle situation.»
Ce qui détermine un rapatriement
La décision de rapatrier un patient en Suisse repose avant tout sur une évaluation médicale individuelle menée par la Rega. Les médecins-conseils examinent notamment les possibilités de traitement sur place, les conditions d’hygiène ainsi que les risques de complications postopératoires. Ils tiennent également compte de la durée prévisible du traitement et de la rééducation.
En cas de maladie grave ou de blessures sévères, le transport s’effectue généralement à bord d’un avion sanitaire de l’organisation. Lorsque l’état du patient est stable, le retour peut aussi être envisagé sur un vol de ligne, avec un accompagnement médical spécialisé.
«Le rapatriement doit être médicalement nécessaire ou justifié et être organisé par la centrale d’assistance de l’assurance concernée. Les transports organisés de manière indépendante ne sont souvent pas remboursés, ou seulement partiellement», rappelle le comparateur suisse Comparis.
Le coût d’un vol ambulancier ou d’un transport médicalisé peut rapidement atteindre 20’000 francs, voire dépasser les 100’000 francs selon la distance et le niveau d’accompagnement requis.
Un rapatriement réservé aux personnes domiciliées en Suisse?
Mais qu’en est-il précisément du cas des Otti? Les Suisses de l’étranger sont-ils exclus d’un rapatriement simplement parce qu’ils ne résident plus dans le pays? Interrogée à ce sujet, la Rega nuance cette interprétation. Le domicile n’est qu’un critère parmi d’autres: les aspects médicaux et la garantie d’une prise en charge ultérieure en Suisse jouent également un rôle central.
Concrètement, avant tout rapatriement, il faut qu’un hôpital suisse accepte d’accueillir le patient et que le financement du traitement soit assuré. Or, la Rega n’assume pas ces frais médicaux. Si ces conditions sont réunies, une adresse à l’étranger ne constitue pas nécessairement un obstacle, précise l’organisation.
La fondation renvoie néanmoins la responsabilité du financement aux assurances maladie. Interrogée à ce sujet, l’une des principales caisses maladie suisses, Helsana, rappelle que «les rapatriements en Suisse ne font pas partie de l’assurance obligatoire des soins (AOS)».
Dans la plupart des cas, cette couverture prend fin lors d’un départ durable à l’étranger. Dans les pays de l’UE et de l’AELE, certaines exceptions subsistent toutefois — comme pour les Otti. Mais même dans ce cas, le rapatriement n’est pas pris en charge. Comparis le confirme également.
Qui prend en charge les frais?
«La prise en charge des frais n’est en principe prévue que dans le cadre d’assurances complémentaires», précise Helsana. Une réalité qui place de nombreux expatriés âgés dans une situation délicate: les assurances internationales sont souvent très coûteuses.
À cela s’ajoute une autre difficulté: de nombreuses assurances garantissent un rapatriement vers le pays de résidence ou vers l’hôpital adapté le plus proche, mais pas nécessairement vers la Suisse. «Il faut dès lors souscrire explicitement une assurance permettant d’être soigné en Suisse», explique Nicole Töpperwien, directrice de Soliswiss.
Chez Soliswiss — la coopérative défendant les intérêts des Suisses de l’étranger — cette problématique est bien connue. Nicole Töpperwien indique avoir déjà échangé avec la Rega à ce sujet. «Comme pour tout le monde, il s’agit d’une adhésion en tant que donateur et non d’une assurance. Il n’existe donc en principe aucun droit au rapatriement ou à d’autres prestations», rappelle-t-elle.
Même pour les personnes domiciliées en Suisse, l’adhésion à la Rega ne constitue pas une garantie juridique de rapatriement. «L’adhésion reste néanmoins intéressante pour les Suisses de l’étranger, à condition qu’ils et elles soient conscients des limites, poursuit Nicole Töpperwien. Et cela permet aussi de soutenir une bonne cause.»
Pas de fausses attentes, selon la Rega
La Rega n’est pas en mesure d’indiquer combien de Suisses de l’étranger soutiennent financièrement la fondation sans être domiciliés ni assurés en Suisse. Elle ne dispose pas non plus de statistiques sur le nombre de demandes de rapatriement refusées.
En 2025, l’organisation a rapatrié 1046 personnes à bord de ses trois avions-ambulances et 310 autres sur des vols de ligne.
Elle estime toutefois que son rôle est globalement bien compris. «Nous sommes régulièrement en contact avec les Suisses de l’étranger et avons l’impression qu’il n’y a pas de fausses attentes concernant notre aide», explique sa porte-parole Karin Zahner.
La Rega souligne qu’elle apporte également un soutien sous d’autres formes, notamment par des conseils médicaux et organisationnels. «Nos chefs d’intervention et nos médecins aident par exemple à choisir la clinique la plus appropriée à l’étranger, à surmonter les barrières linguistiques, à traduire des diagnostics ou à coordonner la communication entre les médecins traitants», précise Karin Zahner. L’organisation peut aussi intervenir pour des questions liées aux médicaments ou pour coordonner un éventuel transfert vers l’établissement de destination.
«S’il le faut, nous rentrerons en voiture»
Aujourd’hui, Bernhard Otti s’occupe de son épouse à domicile. «Les examens sont toujours en cours», explique-t-il. Aucun diagnostic définitif n’a encore été posé, mais sa femme peut désormais attendre ses prochains rendez-vous médicaux chez elle. «Elle a reçu des antidouleurs», précise-t-il.
Si son état devait se détériorer ou si les médecins recommandaient un traitement en Suisse, le couple envisage déjà une autre solution: rentrer par la route, à condition que la santé d’Adrienne Otti le permette. «Si je prends le volant, il faudra sans doute compter entre quatorze et quinze heures de trajet», explique Bernhard Otti.
Texte relu et vérifié par Benjamin von Wyl, traduit de l’allemand par Lucie Donzé/sj
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