L’Internet contre l’érosion
Sur Terre, quatre milliards d'hectares sont menacés par l'érosion. Des chercheurs bernois ont créé une banque de données pour répertorier les moyens de lutte.
«De nouvelles méthodes de lutte contre l’érosion sont constamment trouvées dans de nombreux pays, explique le géographe bernois Hans-Peter Liniger. Seulement, ce savoir n’est pas systématiquement documenté.»
Ces connaissances sont inexploitées. «Elles restent trop souvent dans la tête des ingénieurs agronomes ou sont abandonnées dans les classeurs des ministères, poursuit le géographe. Il manque de communication et de mise en réseau.»
Du projet à la réalité
C’est la raison pour laquelle, en 1992 déjà, Hans Hurni, de l’Institut de géographie de l’Université de Berne, a proposé de créer un réseau global lors d’une conférence de l’Isco (International Soil Conservation Organisation).
Depuis, une importante banque de données à pu être créée. Appelée Wocat (World Overview on Conservation Approches and Technologies), elle réunit des techniques développées dans le monde entier pour ménager les sols
Après une phase-pilote de huit ans, la banque de données contient 60 techniques et 42 méthodes d’application recueillies dans onze pays. Et la banque de données ne cesse de s’étoffer…
Les experts rassemblent les données selon une méthode standard. Ils prennent en compte environ 150 paramètres tels que le matériel, les coûts ou encore l’entretien.
Les aspects techniques ne sont pas les seuls à entrer en ligne de compte. «Les aspects culturels ou sociaux jouent un grand rôle, explique Hans-Peter Liniger. Il faut par exemple savoir si la terre appartient à des privés ou si elle est collectivisée. Ou encore si la technique de lutte contre l’érosion a été importée ou si elle s’est transmise de générations en générations.»
«Dès le début, ce projet a suscité un grand intérêt, relève Hans-Peter Liniger. Il s’agit en effet d’un instrument très utile pour les projets de développement.»
Wocat est d’ailleurs soutenu par 27 agences internationales actives dans l’aide au développement. Parmi elles, côté suisse, la Direction du développement et de la coopération (DDC).
Rôle central de l’Internet
Pour l’heure, les données recueillies sont disponibles sur l’Internet en français, en anglais et en espagnol. Mais elles le seront également bientôt en arabe, en chinois et en russe.
Les équipes internationales travaillent de manière autonome, mais les deux serveurs centraux du réseau sont installés à Berne et à Rome.
Trois personnes s’occupent du projet à l’Institut de géographie de l’Université de Berne, où elles développent méthodes et outils. Elles coordonnent également des workshops dans lesquels 400 experts ont jusqu’à aujourd’hui été formés.
L’Internet est en fait la clef de voûte du projet. «Sans ordinateurs, Wocat serait impensable, car le réseau fonctionne de manière décentralisée, explique Hans-Peter Liniger. De plus, l’Internet a cessé d’être une technique chère et hors de portée.»
Ainsi, il y a trois ans, seuls deux des 35 ingénieurs agronomes éthiopiens avaient accès à la toile. Il y a un an, la moitié étaient connectés et cette proportion devrait dépasser 90% d’ici deux ans.
Nouvel objectif
La mise en réseau du savoir-faire en matière de protection des sols et des eaux n’est pas le seul objectif de Wocat. Il est en effet aussi question de cartographie.
D’ici dix ans, les chercheurs bernois veulent fixer sur carte l’état de conservation ou de dégradation des sols, que ce soit à l’échelle locale, régionale ou nationale.
«Il reste donc bien assez de travail, conclut Hans-Peter Liniger. D’autant que plus il y a de pays qui veulent participer à Wocat plus grand sont les besoins globaux.»
swissinfo/Stefan Hartmann
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