Le mystère de l’étoile au néon intrigue les astronomes suisses
Pourquoi la couronne de l´étoile double YY des Gémeaux contient-elle 100 fois plus de néon que celle de notre soleil? C´est une des questions que se pose l´équipe de l´Institut Paul Scherrer à Villigen (AG), qui vient de découvrir ce mystère stellaire.
35 années-lumière, en termes astronomiques, c’est un saut de puce. Autant dire qu’YY des Gémeaux se trouve pratiquement dans la banlieue du système solaire. En apparence, ce couple d’étoiles rouges, un peu plus petites que notre soleil, n’a rien d’extraordinaire. Et pourtant…
En braquant sur lui les détecteurs du satellite européen XMM-Newton, l’équipe de l’astronome Manuel Güdel a eu la surprise de découvrir une couronne très pauvre en fer et très riche en néon, soit une composition exactement inverse de celle qui entoure notre astre du jour.
«Nous ne nous y attendions pas du tout, explique Manuel Güdel. Et le fait est que l’astrophysique n’a pour l’instant pas de théorie pour expliquer ce phénomène». Normalement, les couronnes stellaires sont riches en éléments comme le fer ou le silicium, qui se laissent facilement ioniser (soit arracher un électron). Or, ce n’est précisément pas le cas du néon.
Le mystère est d’autant plus épais que la composition du couple YY des Gémeaux est très proche de celle de notre soleil. Avec leur température de surface de 4 à 5000 degrés et leur couronne chauffée parfois jusqu’à 20 millions de degrés, ces astres obéissent parfaitement aux lois connues du fonctionnement des étoiles.
Lancé en 1999, XMM-Newton est – avec son concurrent américain Chandra – le plus puissant télescope à rayons X jamais placé en orbite. En plus de leur lumière, les étoiles projettent dans l’univers des quantités énormes de rayons, des ondes radio aux rayons X ou gamma.
Mais comme notre atmosphère empêche ces derniers de parvenir jusqu’au sol, on ne peut les observer que de l’espace. Le jeu en vaut la chandelle, puisque seul un télescope aux rayons X permet de «voir» des phénomènes qui se déroulent dans les très hautes températures. C’est donc l’instrument idéal pour observer les couronnes stellaires.
Le projet de Manuel Güdel et son équipe – associés depuis le départ à l’Agence spatiale européenne sur le satellite XMM-Newton – était d’observer une série d’étoiles proches et très différentes les unes des autres, pour essayer d’établir un lien entre leur âge, leur taille et leur taux d’activité.
Bien qu’elles ressemblent au soleil, YY des Gémeaux n’en sont pas moins des astres très jeunes (quelque 300 millions d’années) et très actifs. «Il semble évident qu’il existe un lien entre cette activité et ce taux anormalement élevé de néon, avance l’astronome suisse. Mais pour l’heure, nous n’en savons pas plus».
Et les réponses ne viendront pas forcément de l’Institut Paul Scherrer. Les résultats de Güdel et son équipe viennent en effet d’être publiés dans la prestigieuse revue «Astronomy and Astrophysics» et nombre de télescopes du monde entier risquent maintenant de se braquer sur la constellation des Gémeaux.
«Je ne serais pas du tout vexé que quelqu’un d’autre trouve la solution de ce mystère», admet volontiers Manuel Güdel. Fort de ses travaux précédents, l’astronome suisse passe bien pour un spécialiste des couronnes solaires, mais pour lui, l’important n’est pas d’associer son nom à une découverte. Pourvu que progresse la connaissance.
Marc-André Miserez
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