Le virus qui tue le cancer des souris
Une équipe de l'Institut suisse de recherche expérimentale sur le cancer (ISREC) est parvenue à tuer des cellules cancéreuses sur des souris, par injection d'un virus inoffensif pour le reste de l'organisme. Avancée prometteuse, dont les résultats sont publiés dans la revue britannique Nature.
Comme nombre de découvertes scientifiques, celle que viennent de faire Kenneth Raj, Phyllis Ogston et Peter Beard, à l’ISREC à Epalinges (VD), doit pas mal au hasard et à la chance. Les trois chercheurs travaillaient sur un virus, pressenti comme prometteur dans les thérapies géniques. Il serait en effet capable de porter des fragments d’ADN sain à l’intérieur de cellules malades.
Ordre d’auto-destruction
En outre, ce virus semble parfaitement inoffensif, car il ne déclenche aucune maladie chez le sujet qui le reçoit. Par contre, il présente l’inconvénient de ne pas savoir se reproduire tout seul. Il a besoin pour cela de se combiner avec un autre virus.
Autrement dit, si ce petit virus peut effectivement jouer le rôle auquel on le destine, il faudrait injecter au sujet un exemplaire par cellule à traiter. Mission pratiquement impossible.
«Nous voulions en avoir le cœur net, explique Peter Beard. Nous avons donc testé ce virus sur différents types de cellules dont nous disposons au labo. Nous nous sommes aperçus qu’effectivement il ne se dupliquait pas, mais que, par contre, il avait la propriété de tuer les cellules cancéreuses des souris, sans affecter du tout les cellules saines».
Lorsque le virus pénètre dans le noyau d’une cellule, il a la propriété de lui faire croire à une déficience de son ADN. Les cellules saines stoppent alors momentanément leur croissance jusqu’à ce que le virus meure. Les cellules cancéreuses, par contre, interprètent cette information comme un ordre d’auto-destruction. «En quelque sorte, elles se suicident», explique Peter Beard.
Un espoir encore lointain
Les scientifiques se gardent toutefois de crier victoire. D’abord parce que ces recherches n’ont été conduites jusqu’ici que sur des souris. «Pour l’expérimentation humaine toutefois, nous ne partirons pas de zéro, précise Peter Beard. Parce que ce virus a déjà été testé, dans l’espoir justement d’en faire un transporteur de matériel génétique».
Mais l’obstacle principal n’est pas là: le petit virus, on le sait, est incapable de se reproduire tout seul. Peter Beard et son équipe pensent contourner la difficulté en isolant la petite portion de son ADN qui agit effectivement sur les cellules cancéreuses. «Si cette molécule, comme nous l’espérons, est assez petite, il devrait être possible de la synthétiser pour en faire un médicament», conclut le chercheur de l’ISREC.
Le reste de la communauté scientifique affiche la même prudence face à cette découverte. Pour le cancérologue américain Arnold Levine, co-découvreur en 1979 du gène p53 – dont la déficience se retrouve dans la moitié en gros des cellules cancéreuses -, la mise au point d’un médicament à partir de cette découverte est encore lointaine.
Mais le professeur de New York admet cependant que les trois chercheurs de l’ISREC ont eu l’immense mérite d’expliquer pour la première fois pourquoi les cellules tumorales sont ciblées de préférence par le petit virus.
Marc-André Miserez
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