Un Forum des parlementaires décevant
Les députés suisses présents à cette rencontre tenue en marge du Forum social mondial sont désillusionnés. Trop de discours pour trop peu de résultats.
Le Forum des parlementaires a pour but de créer un réseau de contacts entre des députés de tous pays. Avec cinq conseillers nationaux présents à Porto Alegre, la Suisse est l’un des pays européens les mieux représenté. Seuls la France et le Conseil de l’Europe font mieux.
Les pays latins, et en tout premier lieu les pays latino-américains, dominent la rencontre. La délégation helvétique ne fait pas exception: hormis Rudolf Strahm, les quatre autres représentants suisses sont latins. En revanche, les parlementaires francophones de l’Afrique sont absents. Ainsi que tous les autres Africains d’ailleurs.
Condamnations multiples
Samedi, les débats du Forum des parlementaires ont commencé par de nombreuses condamnations de l’intervention étasunienne en Afghanistan. C’est ainsi, par exemple, que les députés italiens et argentins ont scandé leur slogan: «oui au forum, non à la guerre».
D’autres condamnations ont d’ailleurs fusé, les parlementaires présents semblant friands de la dialectique. C’est ainsi que les orateurs se sont prononcés contre la guerre, contre l’endettement des pays pauvres, contre la libéralisation, contre le libre-échange…
Et pour jeter autant d’anathèmes, les orateurs se sont multipliés à la tribune. Pas moins de 80 intervenants se sont succédés devant un bon demi-millier de personnes.
Des Suisses presque privés de parole
Etant donné ce nombre élevé d’interventions, mais aussi le caractère répétitif des discours, la présidence a rapidement raccourci le temps de parole des orateurs. Du coup, le conseiller national Pierre-Yves Maillard (PS/VD) n’a plus disposé que de trois minutes pour lancer un appel en faveur du maintien des services publics.
Avant-dernier orateur inscrit, Patrice Mugny (Vert/GE) n’avait pour sa part plus que deux petites minutes à disposition. «Je suis déçu de la gestion de ce Forum des parlementaires, a-t-il eu le temps de déclarer. Il faut finalement discuter de problèmes concrets pour relever le niveau du débat.»
L’écologiste genevois en a encore appelé à la création d’un fonds pour permettre également aux parlementaires des pays pauvres de participer à cette rencontre. Mais, plus personne dans la salle n’écoutait au moment de cette déclaration…
Mieux vaut les ONG
A l’issue de cette rencontre, le conseiller national Rudolf Strahm n’était guère enthousiaste. «Nous n’avons atteint aucun objectif, déclarait le socialiste bernois. Il n’y avait ni stratégie commune, ni plan, ni éléments pour continuer le débat.»
«Les rencontres des organisations non gouvernementales sont en revanche bien organisées et ont un thème défini, a-t-il ajouté. Elles se distinguent par la qualité et le caractère professionnel des propositions formulées.»
Et Rudolf Strahm de tirer une conclusion sans appel: les vrais acteurs du mouvement contre la mondialisation ne sont pas les parlementaires, les syndicats ou les partis. Pour le Bernois, ce sont les organisations non gouvernementales qui sont le mieux à même de constituer une opposition éthique à la globalisation.
Un avis partagé par ses collègues. Ainsi, pour Patrice Mugny, «les parlementaires n’ont plus de contact avec la société civile». Même son de cloche du côté du conseiller national Franco Cavalli (PS/TI) qui déclare: «Les parlementaires ne peuvent plus résoudre les problèmes s’ils ne sont pas soutenus par un mouvement ancré dans la société.»
Avenir incertain
Il devrait certes y avoir encore une place pour les parlementaires lors la troisième édition du Forum social mondial. Mais, après les débats de samedi, il n’est pas sûr qu’ils disposeront des contacts pour y participer.
Une chose semble par contre certaine. Si le Forum social mondial doit à l’avenir jouer un rôle dans les destinées de la planète, ce ne sera pas grâce à la contribution des élus des différents parlements nationaux.
Hansjörg Bolliger, Porto Alegre
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