Une maladie tropicale frappe des vaches suisses
L'anaplasmose s'abat sur une ferme des Grisons. Presque inconnue en Suisse, cette maladie tropicale est pourtant très répandue ailleurs dans le monde.
Pour l’heure, les autorités vétérinaires suisses ne savent pas si d’autres troupeaux sont menacés.
La Suisse n’a pratiquement aucune expérience clinique de l’anaplasmose. Avant la découverte de la maladie dans une étable de Coire, seuls deux autres cas ont été enregistrés.
Ces deux vaches malades ont été traitées au mois de juillet par la Clinique vétérinaire de l’université de Zurich. Grâce aux antibiotiques et aux transfusions sanguines, on est parvenu à les guérir.
Dans le cas des Grisons, le vétérinaire cantonal a ordonné l’abattage des 300 bêtes du troupeau. Le propriétaire s’oppose toutefois à la décision de la Confédération d’abattre l’ensemble de son troupeau.
Condamnées de toute façon
Mais même guérie, une vache qui a eu l’anaplasmose reste potentiellement dangereuse pour ses semblables.
«Elle garde toujours une certaine quantité de bactéries dans son sang. Et le risque de transmettre la maladie à d’autres bêtes est très important», explique le docteur Marcio Folly, chef de l’Unité vétérinaire du Laboratoire agroalimentaire fribourgeois.
Pour lui, l’abattage du troupeau entier tel qu’ordonné par le vétérinaire cantonal grison se justifie donc parfaitement.
Verdict confirmé par l’un des meilleurs spécialistes suisses des maladies tropicales du bétail.
«Il serait pratiquement impossible de traiter chacune de ces vaches aux antibiotiques et de lui transfuser dix litres de sang», note le professeur Ueli Braun, de l’université de Zurich.
Le risque existe…
Reste à savoir comment cette maladie tropicale est arrivée en Suisse. Pour Marcio Folly, il n’y a que deux possibilités. Soit une vache a été piquée par une tique porteuse de l’anaplasmose, soit une bête achetée ailleurs était contaminée en arrivant à Coire.
Cette maladie transmissible n’est en effet pas directement contagieuse. Ce sont les insectes qui la propagent d’un animal à l’autre. On parle ici de transmission mécanique.
Alors, sachant que la période d’incubation varie entre deux et huit semaines et que le malheureux propriétaire du troupeau condamné est également marchand de bétail, le risque existe-t-il de voir l’anaplasmose se propager plus loin?
…mais il est faible
Ueli Braun n’est pas inquiet outre mesure. Le professeur zurichois juge le risque «très faible».
Pas réellement alarmé non plus, Marcio Folly attendra tout de même les résultats des prises de sang que les autorités locales ont fait ordonner dans les fermes voisines.
«Je fais entièrement confiance à mes collègues grisons. Avec eux, le travail sera bien fait», déclare le vétérinaire fribourgeois.
Un fléau tropical
Originaire du Brésil, Marcio Folly connaît bien le cas de l’anaplasmose. Nommée également fièvre du Texas, cette maladie est très répandue dans les zones tropicales et sub-tropicales de la planète, où vivent quelque 300 millions de bovins.
Ainsi, l’anaplasmose fait-elle perdre chaque année une centaine de milliards de dollars aux éleveurs du monde entier, principalement dans les pays en voie de développement.
Vaccination naturelle
«En Suisse, où cette maladie n’existe pas, la résistance des vaches serait bien moindre que dans un pays comme le Brésil», poursuit Marcio Folly.
Au Brésil en effet, les bovins ont développé une immunité naturelle à l’anaplasmose. Et lorsque l’on introduit une nouvelle tête dans un troupeau, on la fait d’abord piquer plusieurs fois par des tiques.
«C’est une sorte de vaccination naturelle, et ça marche», note Marcio Folly.
Le pays des vaches
Reste que l’arrivée de cette nouvelle maladie ne va pas manquer d’inquiéter l’opinion.
Pays des vaches, la Suisse n’a pas encore oublié les 3000 têtes de bétail qu’elle a dû se résoudre à abattre dans les années 90 à cause de l’encéphalite spongiforme bovine.
Car la vache n’est pas seulement un symbole helvétique, à l’instar du chocolat, des montres et des banques.
Avec quelque 1,7 million d’individus, le cheptel bovin assure à lui seul pratiquement la moitié des huit milliards de francs annuel du revenu agricole national.
swissinfo/Marc-André Miserez
L’anaplasmose sévit dans des zones où vivent 300 millions de bovins
La maladie se transmet par les tiques et autres insectes
Elle n’est pas transmissible à l’homme
La période d’incubation est de deux à huit semaines
La viande et le lait des animaux atteints sont impropres à la consommation
Alerte rouge aux Grisons: 28 vaches sont atteintes d’anaplasmose, une maladie encore quasiment inconnue en Suisse.
Le vétérinaire cantonal ordonne l’abattage de tout le troupeau, soit 300 têtes.
La Suisse n’a encore que très peu d’expérience clinique de cette maladie, qui sévit essentiellement dans les zones tropicales et sub-tropicales.
L’anaplasmose se transmet par les insectes, elle n’est pas directement contagieuse.
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