Aujourd’hui en Suisse
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Le racisme a souvent partie liée avec le marché de l’emploi et l’économie. On le constate dans l’histoire et l’actualité aux Etats-Unis, mais également en Suisse, où il y a 50 ans les Suisses votaient sur la première initiative Schwarzenbach «contre la surpopulation étrangère» qui visaient les travailleurs saisonniers italiens dont l’économie n’avait plus besoin.
Nous y consacrons l’essentiel de cette lettre d’information, alors que la Suisse se prononcera en septembre prochain sur la 43e initiative sur les étrangers depuis 1945.
Bonne lecture,
L’initiative de l’UDC, sur laquelle le peuple suisse se prononcera le 27 septembre, sera le 43e objet en votation sur la thématique des étrangers depuis 1945. Une obsession qui a tout de même certains mérites, estime mon confrère Renat Kuenzi.
Comment se fait-il que le nombre de votations sur ce sujet soit si élevé? Professeur de sciences politiques à l’Université de Berne, Marc Bühlmann répond à Renat Kuenzi: «En Suisse, la démocratie directe permet de faire remonter ces craintes à la surface et de les organiser».
Reste qu’avec les succès remportés depuis les années 1990 par l’UDC et ses initiatives populaires xénophobes, la politique migratoire s’est durcie. «Tel est le prix de l’organisation sociale et de la prise en compte des peurs par le parti populiste de droite», estime mon confrère. Un prix que les personnes visées n’oublient pas.
Il y a 50 ans, les Suisses rejetaient de peu une initiative «contre l’emprise étrangère». Une proposition de loi concoctée par un parlementaire d’extrême-droite: James Schwarzenbach.
Issu d’une riche famille d’industriels zurichois, James Schwarzenbach avait de qui tenir. Son oncle Alfred Schwarzenbach avait rencontré avec bonheur Adolf Hitler en 1923, lors de l’unique voyage en Suisse du futur dictateur.
Les travailleurs italiens ciblés par l’Initiative Schwarzenbach ont vécu «une période noire», se rappelle Giovanna Remo, une femme de 78 ans qui vit aujourd’hui encore dans le village où elle habitait il y a cinquante ans.
Durant la campagne précédant la votation, les actes d’agression se sont multipliés. «Le racisme anti-italien existait déjà auparavant, mais la campagne de votation l’a renforcé et légitimé», souligne mon confrère Benjamin Von Wyl.
- Le souvenir douloureux des années Schwarzenbach (swissinfo.ch)
- Il y a 50 ans, le premier «non» aux initiatives Schwarzenbach (swissinfo.ch)
- La visite en Suisse d’Adolf Hitler en 1923Lien externe, racontée par un descendant de la famille Schwarzenbach (PDF en allemand)
- Annemarie Schwarzenbach, l’ange rebelle de la famille (swissinfo.ch)
Les ordonnances pénales en vigueur en Suisse continuent de soulever des questions. Ma consœur Sibilla Bondolfi donne l’exemple d’une femme condamnée sans audition, comme le veut la procédure. Problème: elle n’a pas pu comprendre le document de la justice.
Comme le rappelle ma collègue, les Ministères publics suisses ont la compétence de prononcer des peines de prison jusqu’à six mois ainsi que des amendes. Le jugement est délivré par écrit et sans motivation. Entre 90% et 98% des affaires pénales sont réglées ainsi, sans audition et sans procès.
Comme la femme mentionnée plus haut n’a jamais été appelée à s’expliquer sur cette affaire et qu’elle ne parle que le français, alors que l’ordonnance pénale était rédigée en allemand, elle n’a pas tout de suite compris l’importance du document. Elle a bien fait opposition, mais c’était trop tard.
«Ce cas de figure montre à quel point le système des ordonnances pénales peut être problématique», conclut Sibilla Bondolfi.
- Condamnée à une peine de prison sans avoir été entendue (swissinfo.ch)
- Les procureurs suisses sont autorisés à juger. Une situation contestable, mais imbattable du point de vue des coûts (swissinfo.ch)
Thabo Sefolosha a vécu dans sa chair les violences policières aux Etats-Unis. Le basketteur suisse qui joue en NBA dans l’équipe des Rockets de Houston a témoigné de son expérience au 19:30 de la RTS, mercredi soir.
Ressentant une discrimination au quotidien, Thabo Sefolosha y déclare: «Cela fait un peu partie de la culture, de l’état d’esprit de beaucoup de gens, et c’est depuis des années et des années comme ça. Il y a eu des vagues de protestation, que ce soit dans les années 1960, 80 ou 90, mais il y a vraiment très peu de choses qui changent, malheureusement.»
Thabo Sefolosha a lui-même été victime d’une arrestation violente par la police, à New York, en 2015, à la sortie d’une boîte de nuit, où il fêtait une victoire de son équipe. Résultat pour le basketteur: une lourde fracture du péroné, qui mettra un terme à sa saison. Le Veveysan a refusé de plaider coupable et a obtenu gain de cause devant la justice ainsi qu’une indemnité de 4 millions de dollars. Au-delà de la blessure physique, cette altercation a laissé une trace indélébile dans la mémoire du joueur suisse.
Dans son dernier rapport publié en avril, la Commission fédérale contre le racisme relevait qu’après la xénophobie en général (145 cas), le racisme anti-Noirs était le motif de discrimination le plus fréquemment signalé. L’an dernier, 132 cas ont été rapportés.
- Le témoignage de Thabo Sefolosha au 19:30 de la RTSLien externe
- Des dérapages contre la communauté noireLien externe dénoncés en Suisse (RTS)
- Le nombre d’incidents racistes signalésLien externe en Suisse continue d’augmenter (Le Temps/abonnés)
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