Aujourd’hui en Suisse
Chères lectrices, chers lecteurs,
Plusieurs statistiques marquent l’actualité du jour. D’abord concernant le stress au travail, qui progresse en Suisse et affecte particulièrement les femmes. On apprend également que la part des personnes peu qualifiées ou modestes ayant obtenu la naturalisation suisse est en baisse depuis 2018, année de changement législatif.
Je vous parle aussi des conséquences de la décision du CERN de ne plus collaborer avec la Russie et de deux Suisses de l’étranger récompensés pour leurs efforts de restauration du patrimoine au Canada.
Bonne lecture,
Le stress est de plus en plus fréquent dans le monde du travail suisse. Et ce sont les femmes qui subissent particulièrement sa progression, selon une nouvelle étude de la Confédération.
Une femme sur quatre (25%) et un homme sur cinq (21%) affirmaient en 2022 être «la plupart du temps ou toujours» stressés au travail. Des proportions qui, dix ans auparavant, s’élevaient à 17% et 18% respectivement. Et c’est dans la branche de la santé et de l’action sociale, où travaillent un quart des femmes, que le stress est le plus fréquent.
Pour une personne sur deux souffrant de stress au travail s’ajoute un épuisement émotionnel (burnout). L’étude s’intéresse également plus largement aux conditions de travail, qui font partie des principaux déterminants sociaux de la santé.
Les femmes sont ainsi aussi plus nombreuses à déclarer faire face à des discriminations ou violences au travail (21% contre 16% pour les hommes). Au rayon des bonnes nouvelles, les risques physiques sont en légère baisse. Dans l’agriculture et la construction, ceux-ci dominent toutefois largement les risques psychosociaux.
- Lire la dépêche ATS
- Lire notre récente analyse sur la problématique des burnouts en Suisse
Obtenir un passeport rouge à croix blanche est devenu plus difficile. Une étude montre que, depuis 2018 et la nouvelle loi sur la naturalisation, la part des personnes peu qualifiées ou modestes ayant obtenu la nationalité a diminué.
Ainsi, les personnes au bénéfice d’une éducation de base représentaient 8,5% des personnes nouvellement naturalisées entre 2018 et 2020, contre 23,9% précédemment. À l’inverse, la proportion des détenteurs et détentrices de diplômes universitaires a grimpé à 57% contre 33,5% sous l’ancienne loi.
Mais comment expliquer ce changement? Si la nouvelle loi, introduite en 2018, a permis de relaxer certains critères (il suffit désormais d’être installé en Suisse depuis 10 ans, contre 12 auparavant), d’autres ont été renforcés. Parmi eux: l’obligation d’avoir un permis de résidence permanent ou encore la nécessité de maîtriser l’une des langues nationales.
Des critères qui favorisent les candidatures des ressortissants de pays européens voisins, ainsi que des personnes les plus éduquées et fortunées. Les auteurs de l’étude de la Commission fédérale des migrations (CFM), un organe consultatif du gouvernement, avertissent toutefois que la courte période étudiée rend des recherches plus approfondies nécessaires.
- Lire notre analyse
- Lire notre interview avec l’une des auteurs de l’étude
Le CERN a récemment mis fin à sa collaboration avec la Russie en réponse à l’invasion de l’Ukraine. Mais certains scientifiques interrogés par ma collègue Sara Ibrahim craignent que cette décision ne se révèle contre-productive.
En décembre 2023, le Conseil du CERN décidait de mettre fin à sa coopération avec la Russie et la Biélorussie. Une action sans précédent dans l’histoire de l’organisation genevoise, qui collaborait avec des laboratoires russes depuis les années 1960.
Conséquence: l’organisation devra se passer de la contribution financière russe (une quarantaine de millions de francs pour les quatre prochaines années). Mais aussi de ses cerveaux, qui comme l’argent économisé par Moscou, pourraient servir l’effort de guerre russe, estime le physicien Hannes Jung, ancien collaborateur du CERN.
L’organisation avait permis durant la guerre froide aux scientifiques de nations rivales de collaborer. Et ainsi, de garder ouverts des canaux de communications, une forme de diplomatie scientifique. «Le CERN a été créé […] pour promouvoir le dialogue interculturel et la paix. Les pressions politiques n’y avaient pas leur place. Mais en 2022, la politique a tout à coup prévalu sur les principes scientifiques», regrette Maurizio Bona, lui aussi anciennement de la maison.
Deux Suisses de l’étranger se sont distingués au Canada, remportant un prix pour leur engagement dans la sauvegarde des chalets du «Village Edelweiss» de Golden. Ma collègue Emilie Ridard s’est entretenue avec eux.
Il y a deux ans, Ilona Spaar et Johann Roduit, deux Suisses du Canada, se lançaient dans un projet de sauvegarde de six chalets des guides de montagne suisses, dont la mise en vente menaçait le futur.
S’inspirant des méthodes d’une fondation helvétique, les deux Suisses ont trouvé un acheteur d’accord de restaurer ces chalets pour les mettre en location, mais aussi, durant la basse saison, pour les rendre accessibles aux visiteurs.
Et ce sont ces efforts qui ont été récompensés en mai par le prix exceptionnel du patrimoine de la province de Colombie-Britannique. «Le prix représente une chance d’attirer l’attention sur notre fondation», se réjouit Ilona Spaar.
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