La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935

Le projet de mémorial suisse de la Shoah présenté en l’absence de l’OSE

En compagnie de la maire de Berne Marieke Kruit (7e en partant de la gauche), le conseiller fédéral Ignzio Cassis (6e depuis la gauche) félicite le collectif lauréat du concours.
En compagnie de la maire de Berne Marieke Kruit (2e sur la droite), le conseiller fédéral Ignazio Cassis (3e sur la droite) félicite le collectif lauréat du concours. Swissinfo / Sara Pasino

Dévoilé à Berne en présence du conseiller fédéral Ignazio Cassis, le projet lauréat du futur mémorial suisse des victimes de la Shoah et du national-socialisme a franchi la dernière étape avant sa réalisation. Une avancée saluée par l’Organisation des Suisses de l’étranger (OSE), à l’origine de l’initiative, même si aucun de ses membres n’a été convié à l’événement.

Dans une salle avec vue sur la place qui accueillera le projet, le conseiller fédéral et chef du Département des Affaires étrangères (DFAE) Ignazio Cassis, la maire de Berne Marieke Kruit et la présidente du jury Madeleine Schuppli ont dévoilé le projet lauréat du concours international lancé en 2025. Baptisée «Unfolded minuteLien externe», l’installation prendra place en plein cœur de Berne, à proximité du Palais fédéral. Le mémorial doit être réalisé d’ici à fin 2027.

Pour Ignazio Cassis, ce lieu de mémoire doit permettre à la Suisse de «regarder son passé en face» et d’en tirer des enseignements pour le présent. Le chef du DFAE a rappelé que le mémorial sera dédié aux victimes de la Shoah et aux personnes persécutées par le régime nazi dont le destin est lié à la Suisse, parmi lesquelles les Suisses de l’étranger.

un mur
Le mur de la terrasse du Casino, à Berne, sera recouvert d’une installation métallique diffusant des mélodies en souvenir des personnes persécutées par le régime nazi. Keystone / Peter Klaunzer

À l’initiative du projet, l’OSE n’a pas été invitée

La présentation de mardi a marqué la dernière étape avant la mise en œuvre du projet. «Je suis heureux de cet aboutissement, mais cela aura pris du temps», indique Remo Gysin, ancien président de l’Organisation des Suisses de l’étranger (OSE) et à l’origine de la démarche ayant conduit à la création du mémorial.

S’il a été averti de l’événement, il déclare ne pas y avoir été invité. Même son de cloche du côté des membres actuels de l’OSE: ni le président Filippo Lombardi, successeur de Remo Gysin, ni le directeur Daniel Hunziker n’ont été conviés à l’événement.

«Non, nous n’avons pas été invités», confirme Filippo Lombardi. L’ancien conseiller aux États précise cependant que l’organisation savait que cette étape devait intervenir prochainement. «Nous sommes contents que les choses avancent. Nous avons beaucoup soutenu ce projet dès le début, souligne-t-il. Nous espérons être conviés à l’inauguration en 2027.»

Contacté, le DFAE assure que l’OSE est régulièrement informée de l’avancement du dossier et invitée à des événements liés au projet. Le Département précise que L’OSE a fait partie du groupe de travail initial, jusqu’à la transmission du dossier au Conseil fédéral et à la décision du Parlement en 2021. Depuis, l’OSE ne fait plus partie des instances de pilotage.

Pourquoi un mémorial

L’implication de l’OSE remonte à plusieurs années. En 2018, lors du Congrès des Suisses de l’étranger à Viège, le Conseil des Suisses de l’étranger a décidé d’inscrire à son agenda la création d’un mémorial officiel pour les victimes suisses du régime nazi.

L’impulsion est venue de son président de l’époque, Remo Gysin, après la lecture d’un article consacré aux Suisses internés dans les camps nazis. «Au départ, il était question des quelque 1000 victimes suisses de la période nazie», expliquait-il alors, avant que le projet ne s’élargisse à un mémorial dédié à toutes les victimes du national-socialisme liées à la Suisse. Jusqu’à présent, le pays ne disposait en effet pas d’un monument d’ampleur nationale.

>> Voici comment tout a commencé:

Plus

Un groupe de travail réunissant notamment l’OSE, des historiens, les Archives d’histoire contemporaine de l’École polytechnique fédérale de Zurich (AFZ) et la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) a ensuite élaboré un concept remis au Conseil fédéral en 2021.

Cette mobilisation a débouché en mars 2022 sur l’adoption par le Parlement de deux motions réclamant un «lieu de mémoire suisse pour les victimes du national-socialisme», donnant ainsi au Conseil fédéral le mandat de concrétiser le projet.

>> Quand le monde politique s’est emparé du sujet:

Plus

Pour Filippo Lombardi, ce mémorial est intrinsèquement lié aux Suisses de l’étranger. «Quand on parle des victimes du national-socialisme, une grande partie étaient des Suisses de l’étranger. Ce n’est pas en Suisse que ces personnes ont été persécutées», relève-t-il.

Interrogée sur la place accordée à la thématique des Suisses de l’étranger dans le concours, la présidente du jury Madeleine Schuppli souligne qu’elle a été présente tout au long de la réflexion. «Si l’on regarde l’histoire, de nombreuses Suissesses et de nombreux Suisses établis à l’étranger ont été pris dans les filets du régime nazi. C’était donc un sujet très important sur le fond», explique-t-elle. Elle rappelle également le sort de certaines Suissesses ayant perdu leur nationalité après avoir épousé un étranger et pour lesquelles les autorités helvétiques ne sont ensuite plus intervenues.

>> Pour en apprendre plus sur le sort des Suissesses déchues de leur nationalité durant la Seconde Guerre mondiale:

Plus

Aucun représentant de l’OSE n’a siégé en tant que membre du jury pour le mémorial. Le DFAE indique que ce dernier a été constitué en février 2025 avec les représentants des institutions actuellement impliquées dans le pilotage du projet (DFAE, Office fédéral de la culture, Ville de Berne, FSCI et AFZ) et une majorité d’experts indépendants dans les domaines de l’art, de l’histoire et de l’architecture.

Texte original en français relu et vérifié par Pauline Turuban.

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision