Les robots tueurs pourront-ils être interdits depuis Genève?
Chère lectrice, cher lecteur,
La semaine dernière, à Genève, le Groupe d’experts gouvernementaux de la Convention sur certaines armes classiques a bouclé trois ans de travaux sur le dossier brûlant des «robots tueurs». Après d’âpres discussions, les 128 États qui le composent sont parvenus à s’accorder sur une définition de ces armes et à établir certains principes de base.
Les armes autonomes capables de prendre pour cible des personnes sans intervention humaine inquiètent depuis plusieurs années les Nations unies et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui appellent à leur contrôle. Selon eux, ces systèmes pourraient ne pas être en mesure de distinguer, en temps réel, un combattant d’une personne protégée par le droit international humanitaire, comme un soldat blessé.
Le mois dernier, lors d’une conférence de presse au Palais des Nations, l’ONU et le CICR n’ont pas pu confirmer si de telles armes avaient déjà été utilisées. Certains médias ont bien rapporté des cas de drones ukrainiens boostés à l’intelligence artificielle, et les États-Unis auraient utilisé l’IA pour identifier des cibles au Moyen-Orient, mais cela n’exclut pas le contrôle humain. Ce qui est certain, c’est que le développement de ces armes est en cours et que leur diffusion sur les champs de bataille n’est qu’une question de temps.
Tous les regards sont désormais tournés vers la prochaine conférence d’examen de la Convention, qui a lieu tous les cinq ans et se tiendra fin novembre à Genève. Les États auront alors l’occasion d’ouvrir de véritables négociations sur un futur traité international encadrant ces armes. Le feront-ils? Jusqu’où seront-ils prêts à aller? Accepteront-ils d’instaurer des interdictions? La question reste ouverte.
L’enjeu dépasse les seuls robots tueurs. Plusieurs traités de désarmement humanitaire ont connu un recul ces dernières années, notamment avec le retrait de plusieurs pays de la convention interdisant les mines antipersonnel. Dans ce contexte, l’ouverture de pourparlers enverrait un signal fort que malgré les tensions géopolitiques, il reste possible de s’accorder sur des règles limitant certaines armes.
Rendez-vous en novembre.
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Dorian Burkhalter
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