Vaudoise Assurances a vendu Valorlife à des escrocs

Vaudoise assurances, qui a son siège à Lausanne, est l'une des dix principales compagnies d'assurances privées actives sur le marché suisse. Keystone / Dominic Favre

Pour pouvoir se payer la société suisse en 2014, les acheteurs ont volé l’argent d’une tribu sioux. Ils viennent d’être condamnés aux Etats-Unis.

Ce contenu a été publié le 20 août 2019 - 16:20
François Pilet, Gotham City*

Plusieurs hommes d’affaires américains ont été condamnés aux Etats-Unis pour avoir détourné près de 60 millions de dollars empruntés par la Wakpamni Lake Community Corporation (WLCC), une entité tribale du Dakota du Sud. Les escrocs avaient utilisé une partie de ces fonds pour racheter Valorlife, la filiale liechtensteinoise de la Vaudoise Assurances, en 2014.

Jason Sugarman et Jason Galanis, surnommés «les deux Jason» ou «les partenaires 50/50» ont détourné plus de 100 millions de dollars en trois ans, faisant perdre 43 millions à plusieurs fonds de pension et laissant une tribu sioux avec des dettes à hauteur de 60 millions impossibles à rembourser.

Jason Galanis, déjà inculpé dans cette affaire en août 2017, est le fils de John Galanis, un escroc en col blanc condamné à 27 ans de prison à la fin des années 1980. Une peine qui n’avait pas mis un terme à ses activités hors-la-loi. Car malgré son âge - 74 ans - Galanis père avait lui aussi participé à la fraude commise par son fils contre la tribu. Il a été condamné à 10 ans de prison.

Le «roi du porno»

Jason, lui, a écopé d’une peine de 14 ans ferme. Un destin surprenant pour celui que Forbes surnommait en 2004 «le nouveau roi du porno», après son rachat du plus grand fournisseur américain de systèmes de paiements en ligne pour l’industrie du X. Ce n’est pas la seule malversation commise par Jason Galanis, qui a en outre été condamné aux côtés de son père pour avoir manipulé les actions en Bourse de la société de réassurance Gerova Financial.

Quant à son acolyte Jason Sugarman, il vient lui d’être inculpé par le Département américain de la Justice (DOJ) et la Securities and Exchange Commission (SEC) dans une série de plaintes dont la dernière, déposée le 26 juin 2019, le désigne comme l’un des principaux architectes de la fraude.

Selon ces documents de justice, John Galanis, son fils Jason et Jason Sugarman avaient convaincu les responsables de la corporation tribale des Oglalas, une branche des sioux Lakotas, d’émettre des emprunts pour environ 60 millions de dollars et de leur confier la somme. Les Lakotas, qui ont proclamé leur indépendance en 2007, vivent essentiellement aux Etats-Unis, dans le Dakota, et au Canada.

9 millions de francs détournés

Les fonds devaient être placés et produire des intérêts suffisant pour rembourser les investisseurs et générer un profit destiné au «développement économique» de la tribu. Au lieu de cela, Jason Galanis et Jason Sugarman ont détourné ces sommes pour acquérir plusieurs sociétés d’assurances vies et de gestion de fonds de pension.

Les fonds des clients de ces sociétés ont ensuite été utilisés pour investir dans les obligations de la tribu. Les deux Jason auraient aussi profité de ce système pour détourner 9 millions de dollars pour des dépenses personnelles.

En avril 2014, un de leurs premiers investissements effectués avec les fonds de la tribu a consisté à racheter la société Valorlife, basée à Vaduz, au Liechtenstein, à la Vaudoise Assurances. L’assureur basé à Lausanne cherchait alors à se débarrasser de cette filiale active dans les manteaux d’assurance, un outil connu pour favoriser l’évasion fiscale.

Sociétés liquidées en février 2019

Selon le communiqué de Vaudoise Assurances, Valorlife affichait un bilan de 4,5 milliards de francs fin 2013, avant son rachat. Le repreneur y était désigné comme «la société Wealth-Assurance Beteiligung, une entité contrôlée majoritairement par le groupe financier américain Cor Capital». Or Wealth-Assurance et Cor Capital étaient entre les mains de Jason Galanis et Jason Sugarman.

Wealth-Assurance et Valorlife ont finalement vu leurs autorisations retirées par les autorités du Liechtenstein et ont été placés en liquidation en février 2019. «Les gestionnaires de Wealth-Assurance se sont rendus coupables de violations flagrantes», relatait alors la NZZ en commentant la décision de l’Autorité des marchés financiers.

Gotham City

*Fondée par les journalistes d’investigation Marie Maurisse et François Pilet, Gotham City est une newsletter de veille judiciaire spécialisée dans la criminalité économique.

Chaque semaine, elle rapporte à ses abonnés les cas de fraude, corruption et blanchiment en lien avec la place financière suisse, sur la base de documents de justice en accès public.

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