Jacques Probst, sur le fil ténu des rêves
«Huit monologues» de l'auteur dramatique genevois sont réunis pour la première fois dans un même volume publié chez Campiche, éditeur à Orbes.
De l’île de Corfou à l’île de Manhattan, l’écrivain y parcourt le monde entre solitude et liberté. Mélancolique et revigorant.
Que le monde soit ouvert au large (l’océan) ou réduit aux dimensions d’un ring de boxe, il demeure aux yeux de Jacques Probst la scène privilégiée où se font face deux personnages peu communs: la solitude et la liberté.
Une solitude incontournable et une liberté convoitée au prix d’un combat sans merci dont les meilleurs tenants sont les boxeurs, les footballeurs et autres protagonistes gagnés par le désir de cogner la vie. Au risque de faire voler en éclat la leur.
Sport et littérature
Un a priori voudrait que sport et littérature fassent mauvais ménage. Jacques Probst prouve le contraire en mariant les deux. Une autre idée reçue voudrait que littérature et musique fassent un couple harmonieux. Et là, Jacques Probst confirme.
Afin d’aller vite, on dira que rythme musical et frénésie sportive s’associent pour le meilleur et pour le pire dans les Huit monologues de l’auteur genevois que Campiche publie dans sa collection Théâtre en CamPoche.
Cette nouvelle série, que l’éditeur d’Orbes a inaugurée fin 2004, réunit pour la première fois, sous la direction de Philippe Morand, des textes de Jacques Probst. La plupart d’entre eux ont été joués ici et là sur les scènes romandes. D’autres pièces du même auteur feront l’objet d’une prochaine édition.
«Une musique particulière»
Mais pour le moment, il s’agit comme on l’a dit de monologues, écrits à la fin du XXe siècle (Jacques Probst accuse la cinquantaine). Chacun d’eux «est une musique particulière, note Philippe Morand, une partition construite sur le souffle, dans le matériau langagier le plus juste, et certainement le moins complaisant».
De l’île de Corfou à l’île de Manhattan, en passant par les rings de boxe et les stades de foot, Jacques Probst gambade laissant courir sa pensée sur le fil ténu des rêves. Des rêves portés par une musique intérieure dont les notes s’apparentent à des coups de cymbale qui règlent son compte à la vie.
«Six, sept, huit, neuf, dix…», dit l’arbitre du ring où se produit Torito, boxeur en fin de parcours qui dans un lit d’hôpital revit sa carrière de champion. Et voilà que ce grand gaillard, symbole d’une humanité en quête d’absolu, passe le relais, quelques monologues plus loin, à un zélé des stades de foot, stoppé dans sa course par une vilaine blessure.
Kraïek est le héros du Banc de touche, le plus connu des monologues de Probst avec Torito. D’un stade, l’écrivain fait donc monter la rumeur du monde, telle une musique chargée de milliers d’espérances désespérées.
Il y a quelque chose de mélancolique et d’en même temps si revigorant dans l’écriture de Probst. Mais peut-il en être autrement chez celui qui pourrait dire comme ses personnages: «Je suis né avec/ serré au petit creux de mes poings serrés de nouveau-né, cette certitude/: le monde est à moi».
swissinfo, Ghania Adamo
Huit monologues, de Jacques Probst. Campiche éditeur, Collection Théâtre en CamPoche, 342 pages.
Code: ISBN 2-88241-155-3
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