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La Manufacture dans l'objectif

Pour Pétur Thomsen, la machine devient sculpture.

(swissinfo.ch)

En marge du projet ’reGeneration’ du Musée de l’Elysée, des jeunes photographes fixent l’univers de l’horloger de luxe Jaeger-LeCoultre.

En compagnie de la Française Valérie et de l’Islandais Pétur, plongée dans une manufacture fondée en 1833 dans la très verte Vallée de Joux.

Valérie Rouyer vient de Montpellier, en France, et a suivi l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie à Arles, dont elle est sortie en 2002. Pétur Thomsen a quitté le même établissement en 2004, mais, lui, vient de plus loin: de Reykjavik, en Islande.

Qu’est-il allé faire à Arles? «Il n’y a pas d’école de photo en Islande. Quand j’ai voulu suivre des études de photo, je savais donc que je devais partir à l’étranger. J’ai cherché un peu partout et j’ai trouvé que ce qui se fait à Arles était ce qui me convenait le mieux. C’est une école d’art, et c’est ce qui m’intéressait dans la photographie».

Nous voilà donc en compagnie de deux artistes appelés à fixer sur la pellicule – ou en pixels, tout dépend – la Manufacture de Jaeger-LeCoultre.

Pourquoi cela? Parce que le prestigieux horloger est le sponsor principal de l’exposition 'reGeneration’, montée par le Musée de l’Elysée à Lausanne, lequel, à l’occasion de ses 20 ans d’existence, réunit les travaux de 50 jeunes photographes issus des cinq continents.

«Ce qui nous a amenés plus spécialement vers la photo, c’est en premier lieu les points de correspondance entre notre art, dédié au temps, et la photographie. La notion de l’instant, celle de l’exposition... Beaucoup de termes techniques utilisés en photo renvoient à la notion du temps, et on les retrouve donc aussi dans le cadre de l’horlogerie», nous déclarait, il y a peu, Jérôme Lambert, directeur général de Jaeger-LeCoultre.

En marge du vernissage de l’exposition, les organisateurs ont proposé aux lauréats un exercice de style intéressant: apporter leur propre regard sur la Manufacture, ses bâtiments, son cadre, ceux qui y travaillent.

Une vraie manufacture

'Jaeger-LeCoultre’, la marque est connue de New York à Gstaad en passant par Paris, Rome, Saint-Tropez ou Hongkong. On pense alors à l'atmosphère feutrée, dorée, clinquante des boutiques de luxe du monde entier...

Mais pour aller à la rencontre de ceux qui fabriquent ces pépites de haute précision, il faut totalement changer d’univers. Quitter les grands axes, suivre quelques lacets, et plonger dans la verdure de la Vallée de Joux, sorte de haut-plateau niché dans le Jura vaudois.

La Manufacture est située dans une bourgade baptisé 'Le Sentier’. Le premier bâtiment, construit en 1833, sert toujours de corps central à ce qui est devenu un vaste ensemble de constructions: ce sont aujourd’hui environ 900 employés qui y travaillent. Dont 65% de Français: la frontière est toute proche, et l’horlogerie est aussi une spécialité du Jura français.

L’origine même de l’entreprise doit d’ailleurs beaucoup à l’Hexagone: la branche LeCoultre remonte aux Huguenots immigrés en Suisse suite à la révocation de l’Edit de Nantes, et la branche Jaeger est celle d’un horloger alsacien installé à Paris.

Lors de leur fusion en 1937, LeCoultre déposait dans la corbeille de mariage un incroyable savoir-faire technologique. Et de son côté, Jaeger apportait la créativité artistique, la dimension 'prestige’.

Spécificité du lieu: il s’agit d’une vraie manufacture, c’est-à-dire que toute la chaîne de production s'y trouve, administratifs et créatifs inclus. Pas moins de 41 corps de métier y sont à l’œuvre. «Je pourrais passer deux semaines, ici», constate Pétur Thomsen, qui ne sait plus où donner de l’objectif...

A l’instinct

Car après une visite guidée des principales étapes de production, les photographes ont champ libre. Qu’est-ce qui les a frappés au cours de ce repérage? «Je ne connaissais rien à l’horlogerie... Toute cette précision, ces miniatures... c’est de la folie!» constate Pétur. «Moi, c’est l’immensité du bâtiment, la machinerie, le personnel», complète Valérie.

Pour ce qui est de leurs reportages respectifs, Valérie décide de s’attarder sur les gens. Et Pétur sur les impressionnantes décolleteuses du sous-sol, qu’il aimerait confronter à des images de la nature qui sert de décor aux bâtiments.

Valérie part donc à la recherche des visages qui l’intéressent. Mais commence par ne plus retrouver ceux qu’elles avaient retenus... Il faut dire que la Manufacture, c’est un labyrinthe, un dédale de couloirs, et que les panneaux indicateurs, façon rue parisienne, ne suffisent pas à orienter le novice.

Parvenue dans une vaste salle, Valérie passe d’un atelier à l’autre, d’un ouvrier à l’autre, chacun plongé dans son binoculaire. Elle s’approche, s’éloigne, se contorsionne. Qu’est-ce qui la fait choisir tel sujet, tel angle? Mystère. «C’est spontané, reconnaît-elle. J’y vais plutôt à l’instinct».

Elle dit rechercher des formes, ou les objets décalés, ceux qui suscitent l’étonnement ou le sourire. Ainsi les blouses blanches des techniciens, ou les doigts recouverts de latex. Avec un préservatif à chaque doigt, en effet, pas de danger.

L’art avant tout

Si nos photographes avaient été reporters, peut-être auraient-ils également eu envie d’exprimer la géographie de l’entreprise, aussi utilitaire que symbolique: les ingénieurs spécialisés dans les 'grandes complications’ – c’est le terme horloger – nichés tout en haut de l’immeuble, avec vue sur la campagne avoisinante, et les décolleteurs, tout en bas.

Ou la stupéfiante répétitivité de certains gestes, tels ceux de ces poseuses de rubis. L'horlogerie, même de luxe, est une industrie.

Mais Pétur, qui tourne autour d’un monstre d’acier, va, à sa façon, dans le même sens que Valérie: «Je cherche des formes dans les machines. Les lignes, les courbes, c’est cela qui m’intéresse».

Puis, précisant sa pensée: «Je viens de me rendre compte de ce que je cherchais dans ces machines: je pense que ce sont les formes abstraites dans une machine fonctionnelle. Oui, je crois que c’est ça. La machine devient une sculpture.»

Regard d’artiste sur le monde du réel.

swissinfo, Bernard Léchot au Sentier

Faits

L’exposition «re.Generation» s’est ouverte le 23 juin au Musée de l’Elysée et à l’Espace Arlaud, à Lausanne.
Elle présente 350 images de 50 jeunes photographes de 21 nationalités, issus de 29 écoles.
A cette occasion est publié un ouvrage de 228 pages. Il est édité parallèlement à Lausanne, Paris, Londres et New York.
L’événement est sponsorisé par l’horloger Jaeger-LeCoultre.

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En bref

Vers 1730: Fondation de la forge LeCoultre au Sentier.

1833: Fondation de la Manufacture par Antoine LeCoultre.

1880: Fondation de l’horlogerie Jaeger à Paris. Edmond Jaeger est d’origine alsacienne.

1903 : Jacques-David LeCoultre rencontre Edmond Jaeger. De la collaboration, puis de l’amitié des deux hommes naîtront de multiples créations, de même que la marque Jaeger-LeCoultre, qui naît officiellement en 1937.

Au cours des décennies, LeCoultre, puis Jaeger-LeCoultre, a accumulé les inventions technologiques: Millionomètre (1844), mouvement le plus plat du monde (dès 1907), pendule Atmos (1928), boîtier Reverso (1931), Gyrotourbillon (2004) etc.

Depuis 2001, Jaeger-LeCoultre dépend de la division horlogère du groupe Richemont.

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