Affaire Cuomo: l’ambassade de Suisse à Rome réagit
Le chargé d´affaires de l´ambassade de Suisse à Rome est intervenu vendredi pour récuser les accusations d´Ottaviano Del Turco. Le ministre italien des Finances avait critiqué la passivité helvétique dans l´affaire Cuomo/Verda.
La porte-parole du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) Monika Schmutz Cattaneo n’a pas voulu révéler le contenu précis de «cette démarche plutôt amicale». Elle a toutefois confirmé le propos général de la rencontre. Le numéro 2 de l’ambassade Hans-Rudolf Hodel a expliqué «tout ce que la Suisse fait en matière d’entraide judiciaire, c’est-à-dire beaucoup», selon la porte-parole.
De son côté, la porte-parole du Département fédéral de justice et police (DFJP) a indiqué que le département avait pris connaissance par les médias des propos du ministre Del Turco sur un réexamen éventuel du traité bilatéral d’entraide judiciaire. «Nous ne commentons pas ces déclarations, aucune information officielle nous étant parvenue à ce sujet».
Adrienne Lotz a ajouté que la Suisse attendait depuis longtemps que l’Italie ratifie ce traité signé en 1998. «La Suisse est prête», a- t-elle souligné.
Jeudi, le Conseil fédéral avait qualifié les accusations d’Ottaviano Del Turco d’ «injustifiées». Les comissions rogatoires italiennes sont traitées avec diligence et toutes les informations nécessaires ont été données, selon le gouvernement.
Par ailleurs, cette affaire Cuomo/Verda prend de l’ampleur au Tessin. Le Ministère public tessinois a confirmé que les arrestations d’un fonctionnaire et d’un avocat étaient liées à l’affaire. Le fonctionnaire a envoyé deux lettres anonymes en juillet dernier et a agi pour le compte de l’avocat emprisonné.
Le procureur général Lucas Marcellini a annoncé que le juriste de la Direction de l’instruction publique du canton, Alberto Zoppi, qui se trouve en prison depuis jeudi, était l’auteur des deux lettres anonymes.
La première lettre anonyme avait été envoyée à l’Office fédéral de la police et à deux députés au Parlement tessinois, Stefano Malpangotti et Raul Ghisletta. La seconde missive était destinée à Stefano Malpangotti et au directeur du Département cantonal de la justice, Luigi Pedrazzini.
Avant l’ouverture de la procédure pénale contre le président du tribunal pénal cantonal Franco Verda, le député indépendant Malpangotti avait déposé une motion parlementaire demandant des éclaircissements sur le séjour du trafiquant présumé de cigarettes Gerardo Cuomo au Tessin.
Le procureur général n’a pas donné de précisions sur le contenu des deux lettres anonymes mais relève qu’elles contiennent de nombreuses fausses informations. Il a été établi qu’Alberto Zoppi, âgé de 45 ans, malgré son statut de fonctionnaire, a agi pour le compte de l’avocat tessinois Francesco Moretti de manière répétée et durant une longue période, et avant tout dans divers domaines où l’administration cantonale était concernée.
L’enquête se concentre actuellement sur cette collaboration qui implique d’autres personnes aux côtés de Zoppi et Moretti, a expliqué Lucas Marcellini. Il s’agit de mettre au jour les transactions financières liées à cette collaboration et les chantages qui auraient pu l’accompagner.
Le procureur général, qui mène les investigations en compagnie des procureurs Bruno Balestra et Edy Meli, a annoncé que le juge d’application des peines avait confirmé vendredi le maintien en détention préventive de l’avocat Moretti. L’enquête porte sur des griefs comme l’escroquerie, l’extorsion, la corruption active et le blanchissage d’argent sale. De son côté, Alberto Zoppi est soupçonné d’extorsion, d’escroquerie, de fausse dénonciation, d’atteinte à l’honneur et de violations répétées du devoir de fonction.
Selon la presse tessinoise de samedi, Zoppi et Moretti auraient noué des contacts avec des citoyens italiens intéressés à obtenir une autorisation de séjour au Tessin. Le fonctionnaire se serait chargé de créer un «climat favorable» à ces demandes au sein de l’administration.
swissinfo avec les agences
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