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Négociations sur le nucléaire iranien: une rencontre de la dernière chance à Genève?

Négociations sur le nucléaire iranien à Genève.
La semaine dernière, les pourparlers indirects – les délégations se trouvant dans des pièces séparées, Oman jouant le rôle de médiateur – se sont déroulés à la résidence de l’ambassadeur du Sultanat d’Oman, dans le quartier chic de Cologny. Keystone / Martial Trezzini

Une semaine après s’être réunis une première fois sur les bords du Léman, l’Iran et les États-Unis retournent à Genève jeudi pour de nouvelles négociations indirectes qui s’annoncent compliquées. Explications.

Alors que les États-Unis ont amassé au Moyen-Orient des forces militaires aériennes et navales sans précédent depuis l’invasion de l’Irak en 2003, Téhéran et Washington se sont donné rendez-vous jeudi à Genève pour une troisième ronde de pourparlers indirects, sous médiation omanaise. Le but: trouver une solution diplomatique au différend qui les oppose sur le programme nucléaire iranien au moment où les tensions atteignent leur paroxysme.

«Il s’agit vraisemblablement d’une rencontre de la dernière chance», estime David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) et spécialiste de l’Iran.

Après les négociations de la semaine dernière, qui se sont tenues à l’abri des regards dans la résidence de l’ambassadeur d’Oman à Cologny, le ministre des Affaires étrangères iranien avait déclaré avoir convenu de «principes directeurs» en vue d’un accord. Interrogé par la chaîne américaine CBS, Abbas Araghchi avait ajouté croire qu’il existe «de bonnes chances de parvenir à une solution diplomatique sur un modèle gagnant-gagnant», ajoutant travailler «sur les éléments d’un accord et sur une première version du texte» avant son retour en Suisse.

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Derrière ces messages encourageants se cache toutefois une série d’exigences américaines et iraniennes que de nombreux spécialistes jugent irréconciliables.

Compromis possible?

La délégation américaine, menée par le magnat de l’immobilier et émissaire pour la paix de Donald Trump, Steve Witkoff, ainsi que le gendre du président, Jared Kusher, exige que l’Iran mette fin à ses programmes nucléaire et de missiles balistiques. Le refus de Téhéran de négocier sur ces missiles à longue portée, que les États-Unis jugent être une menace, est «un gros problème», a rappelé mercredi le secrétaire d’État Marco Rubio. L’Iran s’oppose également à l’abandon de l’atome, qu’il affirme développer à des fins civiles, et demande la levée des sanctions américaines, renforcées depuis 2018 et qui asphyxient son économie.

Malgré les divergences affichées, est-il possible qu’un compromis soit négocié en coulisses? «C’est très improbable, répond David Rigoulet-Roze. De part et d’autre, on feint de croire qu’un accord est encore possible, mais cela relève en partie d’une mise en scène diplomatique destinée à masquer l’échec probable attendu».

Selon l’expert, le régime iranien, fragilisé après sa répression sanglante d’un vaste mouvement de contestation le mois dernier, ne peut se permettre d’abandonner ses programmes nucléaire et balistique. Renoncer à ce dernier, considéré comme un outil de dissuasion, serait un suicide politique pour Téhéran, ajoute-t-il.

En face, Donald Trump refuse de faire des concessions sur ses demandes maximalistes, car il veut un «meilleur accord» que celui conclut sous l’administration de Barack Obama, qu’il a quitté lors de son premier mandat en 2018. Le président américain estime que ce précédent accord, connu sous l’acronyme JCPOA, était trop «faible» et favorable à Téhéran. Signé en 2015 entre l’Iran et les cinq membres du Conseil de sécurité ainsi que l’Allemagne et l’Union européenne, le Joint Comprehensive Plan of Action était le fruit de plus d’une décennie d’efforts diplomatiques.

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En dépêchant ces dernières semaines plus de 300 avions et deux de ses porte-avions dans la région du golfe Persique, «Donald Trump s’est en quelque sorte piégé, car il ne peut désormais plus réellement reculer» estime encore David Rigoulet-Roze.

Attaque américaine?

En cas d’échec des négociations, Donald Trump a laissé entendre qu’il pourrait mener des «frappes ciblées» contre l’Iran. Plusieurs hauts responsables iraniens ont répondu que toute attaque provoquerait une riposte «féroce» de leur part, qui ne se «limiterait pas à un seul pays».

Fragilisé par les bombardements israéliens et américains de ses sites nucléaires en juin dernier et l’affaiblissement de ses «proxys» régionaux, dont le Hezbollah libanais et les Houthis au Yémen, l’Iran n’est pas en position de force pour affronter la première puissance militaire mondiale. Pour autant, Téhéran refuse de céder à la pression américaine.

«Le régime iranien, qui joue sa survie dans tous les cas, semble faire le pari hasardeux de prendre le risque de subir une frappe américaine, même sévère, qu’il pense être en mesure d’encaisser sans s’effondrer», estime David Rigoulet-Roze. Selon lui, ce calcul repose sur l’hypothèse que Donald Trump n’enverra pas de troupes terrestres, seules à même de faire chuter le régime, et qu’il ne s’engagera pas dans une longue campagne de frappes aériennes, en particulier à l’approche des élections de mi-mandat au Congrès cet automne.

Chute des mollahs?

Si les objectifs d’une attaque américaine restent pour l’heure flous, il est improbable que des attaques ciblées contre les responsables du régime iranien, dont le Guide suprême Ali Khamenei, suffisent à le faire tomber. L’Iran pourrait quant à lui répliquer en ciblant les bases militaires des États-Unis au Qatar, Bahreïn, Koweït et aux Émirats arabes unis. Ses missiles balistiques à longue portée pourraient aussi atteindre Israël.

Mais si les chances d’une percée diplomatique sont aussi minces, alors pourquoi tout de même se rencontrer à Genève? «Pour gagner du temps, répond David Rigoulet-Roze. Les deux parties se préparent activement à une issue militaire, mais aucune ne veut assumer la responsabilité d’une impasse dans les négociations qui y conduirait». Dans ce contexte, cette troisième ronde de pourparlers depuis le début de l’année pourrait bien être la dernière.

Texte relu et vérifié par Virginie Mangin/sj

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