BCGe: Marc Fues et Carlo Lavizzari restent en prison
La justice genevoise n'a pas été désavouée par la Chambre d'accusation. Qui prolonge d'un mois la détention des deux prévenus.
Ce n’est pas tous les jours que l’on inculpe un ancien directeur général d’une banque et un ancien président d’un grand club de football. C’est encore plus rare qu’on les mette derrière les barreaux. Quant aux circonstances rocambolesques des arrestations elles ont, elles aussi, de quoi retenir l’attention.
Marc Fues, l’ancien directeur général de la BCGe a été intercepté jeudi dernier par des policiers en pleine rue, toute sirène hurlante, alors qu’il circulait dans sa voiture. Tandis que Carlo Lavizzari, promoteur immobilier et ancien président du FC Servette, a été «cueilli» dans son bureau par deux inspecteurs de la police judiciaire.
Cette opération n’avait pas manqué de provoquer un électrochoc à Genève: était-il nécessaire d’incarcérer deux acteurs aussi importants du canton pour des faits qui remontent à plusieurs années? Marc Fues, patron de la Caisse d’Epargne puis de la BCGe, est soupçonné d’avoir aidé, sinon soutenu à bout de bras, le groupe de Carlo Lavizzari de 1990 à 2000.
Le premier est inculpé de faux dans les titres et de gestion déloyale avec circonstances aggravantes. Le second, pour escroquerie et complicité de gestion déloyale aggravée. Rapidement, la justice laissait entendre que «les versions des deux inculpés ne concordaient pas sur tous les points».
Une ardoise totale de 225 millions de francs
Apparemment, cet argument a suffi à la Chambre d’accusation de Genève pour maintenir les deux hommes derrière les barreaux, et même pour prolonger leur détention d’un mois. Les juges ont estimé qu’il existait de réels risques de collusion.
Bernard Bertossa, le procureur général de Genève, a enfoncé le clou en considérant que Marc Fues avait accordé des «avantages extravagants» au promoteur immobilier, notamment des prêts sans intérêt, en sachant que Carlo Lavizzari ne pourrait vraisemblablement pas les rembourser.
Bref, les largesses de l’ancien directeur de la banque cantonale auraient causé un préjudice d’au moins 50 millions de francs à la BCGe, un établissement qui appartient majoritairement au canton et à la ville de Genève, et donc aux habitants de la Cité de Calvin. De son côté, Carlo Lavizzari utilisait cet argent pour des «achats luxueux», selon la justice.
Cette affaire avait été révélée en novembre 2001 par La Tribune de Genève. Au total, les crédits à risque du patron de la Compagnie financière de Promotion immobilière et de la Rente immobilière portaient sur 225 millions de francs. Des sommes considérées comme perdues et que la BCGe a transféré, avec la bénédiction du Conseil d’Etat, dans une Fondation de valorisation, spécialisée dans les affaires douteuses.
Ian Hamel
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