Dans les pays pauvres, le sida fait peser de lourdes menaces sur l’éducation
A l'heure où l'ONU et la société civile s'interrogent à Genève sur les moyens de combattre la pauvreté, un rapport rappelle que l'épidémie du sida déstabilise les sociétés et les économies.
Le Programme commun des Nations Unies sur le sida (ONUSIDA) prépare sa prochaine Conférence internationale prévue le mois prochain à Durban, en Afrique du Sud. Il vient pour cela de publier un nouveau rapport et un diagnostic très sombre: le sida ruine les efforts de développement des pays les plus touchés par le virus, notamment en Afrique subsaharienne.
Les chiffres sont là, avec leur implacable réalisme: le nombre d’Africains morts chaque année des suites de l’épidémie dépasse maintenant les deux millions. Dans certains pays, un bon tiers des jeunes de 15 ans sont directement menacés. Il faut s’attendre à ce que la pauvreté gagne encore du terrain. Il ne suffit donc plus de chercher riposte à la maladie. Il faut de toute urgence se préoccuper de ses impacts dévastateurs sur les fondements sociaux, économiques et démographiques des sociétés. Exemple: l’école.
Premier constat posé par l’ONU: l’infection VIH fait des ravages dans les effectifs du corps enseignant. Résultat: il y a davantage d’élèves par classe et la qualité de l’enseignement s’en ressent. En République centrafricaine, les décès parmi les enseignants sont presqu’aussi nombreux que les départs à la retraite. En Côte d’Ivoire, les maîtres malades du sida peuvent manquer jusqu’à six mois de classe avant leur décès. La Zambie, en 1998, a perdu plus de 1300 enseignants, soit l’équivalent de deux tiers d’une promotion annuelle.
L’épidémie, ensuite, met à mal le budget familial. Il y a de moins en moins d’argent pour payer les frais de scolarité. La famille fait pression sur les jeunes, pour qu’ils quittent l’école et entrent au plus vite dans la vie active. Plus encore, le rapport ONUSIDA note que des parents malades font abandonner l’école à leurs filles et les marient très tôt pour s’assurer qu’après leur décès elles seront prises en charge par leur nouvelle famille. Quant aux orphelins du sida, privés de tout soutien parental, ils sont de plus en plus nombreux et la plupart d’entre eux abandonnent souvent l’école de manière définitive.
Le constat posé, il n’est guère difficile d’imaginer les conséquences du déclin des structures éducatives et donc aussi – cercle vicieux – l’affaiblissement des moyens de prévention parmi les jeunes. Cette immense perte de ressources humaines, en termes de quantité et de qualité, se fait déjà sentir dans tous les secteurs de l’économie. Elle pourrait aussi avoir des effets déstabilisateurs sur des systèmes géopolitiques complexes et fragiles. En clair, et c’est la conclusion qu’en tire Peter Piot, le directeur d’ONUSIDA, cette épidémie constitue de toute évidence «une crise du développement». Dans certaines régions du monde, elle est même en train de devenir «une crise de la sécurité».
Bernard Weissbrodt
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