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Des équipes de choc pour endiguer la montée de l’extrême droite

Dès l'apparition des premiers signes d'extrémisme ou de racisme, il faudrait mettre en place des actions de prévention dans les écoles. Keystone

Il faut aider les jeunes à sortir des mouvements d´extrême droite dans lesquels ils ont été embrigadés, estime la Commission fédérale contre le racisme. Contre le «noyau dur» en revanche, la loi doit être appliquée dans toute sa rigueur.

La lutte contre le racisme et l’extrême droite a toujours été au centre des préoccupations de la Commission fédérale contre le racisme (CFR). Et ceci, depuis sa création il y a cinq ans. Au même titre que les autorités politiques, la police fédérale et nombre d’ONG, la Commission empoigne aujourd’hui cette problématique en apportant sa pierre au débat public, amorcé suite à l’intrusion de néonazis lors des festivités du 1er août.

«Ce qui est nouveau dans ce phénomène, c’est la résonance que rencontre cet extrémisme auprès des jeunes et – ce qui est plus préoccupant – auprès de partis politiques. Il existe une progression insidieuse, progressive de certains thèmes inégalitaires, xénophobes et racistes qui renforcent ces groupes, encore marginaux en Suisse», souligne Boël Sambuc, vice-présidente de la CFR.

Des propositions pour contrer la montée des mouvements néonazis et skinheads, la CFR en fait toute une série dans sa «prise de position», rendue publique ce vendredi. Des classiques: comme la mise en place «d’actions de prévention s’inscrivant dans la durée» dans les écoles, et cela dès l’apparition des premiers signes d’extrémisme ou de racisme. Mais également des idées novatrices, tirées d’expériences positives appliquées en Scandinavie.

«Il faudrait instaurer au niveau cantonal, voire intercantonal, des services pluridisciplinaires d’intervention en cas de conflit», explique Boël Sambuc. Objectif de cette équipe de choc: «offrir une porte de sortie» aux gens qui ne sont peut-être que des «suiveurs».

Il s’agit alors d’assurer un suivi en offrant des conseils aux victimes – qui ont trop peu d’occasions de s’exprimer – et une médiation allant jusqu’à l’aide aux fauteurs de troubles souhaitant se désolidariser du mouvement. «En Scandinavie, le taux de rechute est très faible», souligne Boël Sambuc.

Autre recommandation de la CFR: la mise en place d’un service téléphonique d’urgence pour toute la Suisse, sur le modèle français de «SOS racisme».

Cette approche sociologique du mal ne doit pas occulter un traitement politique. Il doit l’accompagner. L’ensemble de la classe politique et des autorités doivent clairement prendre position contre l’extrémisme, le racisme et la violence. Raison pour laquelle la CFR lance un appel au monde politique pour qu’il adopte une «charte antiraciste».

Par ailleurs, la Commission réclame des modifications juridiques. Elle suggère de compléter la norme pénale antiraciste (article 261 bis) par un alinéa ter interdisant les symboles et les signes racistes et d’extrême droite. La loi doit être appliquée sévèrement surtout contre ceux qui propagent l’idéologie d’extrême droite.

Une autre lacune importante devrait, selon Mme Sambuc, être bientôt comblée. La Suisse n’a toujours pas signé l’art. 14 de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination sociale. Cette disposition est essentielle pour les victimes. Car elle leur permet l’ouverture d’une procédure de plainte individuelle.

«Les résistances à la signature s’expliquent simplement par la crainte d’une surcharge de travail dans les services concernés», indique. Mme Sambuc. La volonté politique pour que cela soit réalisé existe. Selon elle, il est même probable qu’en vue de «la Conférence mondiale contre le racisme qui se tient l’année prochaine en Afrique du Sud, la Suisse annonce la signature de cet article».

Chaque canton devrait instaurer une commission du Conseil d’Etat chargée d’un mandat d’observateur et de rapporteur. Les antennes cantonales devraient être mises en place rapidement et faire l’objet d’une évaluation après cinq ans. La CFR préconise aussi la création d’une fondation pour soutenir des projets antiracistes.

Enfin, la CFR, qui est une instance consultative, réclame plus de moyens. Pour ce faire elle souhaite obtenir le statut d’organe permanent de la Confédération. Cela lui permettrait de répondre aux besoins croissants et d’assumer correctement ses fonctions de coordination.

Jugurtha Aït-Ahmed

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