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Deuxième Guerre mondiale: le canton de Vaud avait son propre tampon J

Le détail d'un document de la police des étrangers du canton de Vaud, qui avait créé son propre tampon J. Keystone

Les autorités vaudoises se sont largement alignées sur la Confédération en matière de politique des réfugiés de 1933 à 1945. Selon le rapport de l'historien André Lasserre, publié mercredi, elles ont même proposé des mesures plus fermes.

Désormais, l’Etat de Vaud a lui aussi son «rapport Bergier», comme la Confédération. En été 1997, en pleine affaire des fonds en déshérence, des recherches avaient mis en évidence la disparition de dossiers de la police des étrangers, dès 1938. Le Conseil d’Etat avait alors chargé le professeur André Lasserre de réaliser une étude sur la politique vaudoise à l’égard les réfugiés victimes du nazisme. Le résultat de ce travail d’investigation, mené par une petite équipe d’historiens du «groupe Refuge», a été rendu public mercredi à Lausanne.

Cette étude qui porte sur les années 1933 à 1945 a été menée par le professeur André Lasserre et deux jeunes historiens: Nathalie Gardiol et Laurent Droz. Leur travail décortique l’attitude, xénophobe et antisémite, des autorités cantonales à l’égard des réfugiés, avant et pendant la Deuxième Guerre mondiale. Globalement, on y trouve peu d’éléments nouveaux. En revanche, cette étude fournit un intéressant complément aux recherches suisses de la commission Bergier sur les réfugiés.

Du rapport Lasserre, on retiendra surtout le fait que l’administration vaudoise avait élaboré son propre tampon J, plus petit que celui de la Confédération. «Ce tampon apparaît déjà en été 1938, avant la signature de l’accord entre la Suisse et l’Allemagne qui institue le tampon J dans les passeports des Juifs. Ce tampon était apposé par les Allemands à la demande des Suisses», souligne Laurent Droz.

Les autorités cantonales ont eu d’autres idées de ségrégation, ce qui exprime un zèle certain de l’administration vaudoise. L’exemple de Leysin est emblématique d’un «antisémitisme larvé au sein de cette administration», souligne Laurent Droz: les internés devaient porter sur leurs habits un bouton bleu ou un triangle noir. Une préfiguration de l’étoile jaune.

Prenant acte «avec émotion» des conclusions du rapport Lasserre, le Conseil d’Etat vaudois a battu sa coulpe. Il a exprimé mercredi sa «profonde tristesse et ses regrets» pour l’attitude des autorités cantonales à l’égard des victimes du nazisme.

La politique du gouvernement d’alors a contribué à «bouleverser le destin de personnes innocentes et a alourdi considérablement les souffrances de tous ceux qui avaient espéré trouver en Suisse un asile accueillant», souligne le Conseil d’Etat dans un message.

Le gouvernement cantonal d’alors n’a, en outre, pas combattu les préjugés antisémites ou xénophobes, trop répandus dans la population et dans les administrations. «Sans doute les partageait-il aussi», précise le message du Conseil d’Etat. Qui rend aussi hommage aux particuliers qui ont aidé des réfugiés à échapper à la mort.

Jugurtha Aït-Ahmed

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