Diamants de la guerre: la Suisse aura aussi son embargo contre la Sierra Leone
A Berne, le texte est prêt. Le gouvernement le trouvera dans ses dossiers à la rentrée. La Suisse ne devrait donc pas tarder à se joindre à l´embargo décrété par l´ONU et à interdire elle aussi l´importation de diamants de la guerre de Sierra Leone.
Le 5 juillet, le Conseil de sécurité décrétait un embargo de dix-huit mois sur le commerce de diamants bruts en provenance de Sierra Leone. Il demandait aussi aux autorités de Freetown de créer d’urgence leur propre système de certification d’origine des pierres précieuses. L’Union européenne vient, elle aussi, de décider un tel embargo.
Les diamants ne sont pas qu’éternels. Ils sont le nerf de la guerre et n’ont pas d’odeur. Plusieurs guérillas africaines, de la Sierra Leone à l’Angola en passant par l’est du Congo, en font largement trafic pour financer leurs activités rebelles et se procurer les armes dont elles ont besoin. Ce qui faisait dire au représentant de Freetown à l’ONU, après le vote de l’embargo, qu’on avait enfin mis le doigt sur les vraies causes du conflit. On estime à environ 70 millions de dollars la valeur du commerce des diamants de Sierra Leone en 1999.
Des diamants de ce pays, la Suisse n’en importe plus depuis trois ans. Mais à la Direction générale des douanes, on fait remarquer que les importations en provenance du Liberia voisin sont nettement à la hausse ces derniers temps. Jugez plutôt: rien en 1997,13 millions de francs suisses en 1998, plus du double l’année dernière, et déjà une bonne cinquantaine de millions cette année. Il est à craindre qu’une bonne part de ces pierres-là viennent justement des zones contrôlées par la rébellion sierra léonaise.
La Suisse n’est pas membre des Nations Unies. Elle n’est donc pas légalement tenue d’appliquer les sanctions prises par le Conseil de sécurité. Mais cela ne veut pas dire qu’on n’ouvre pas l’oeil, explique-t-on au Secrétariat d’Etat à l’économie: la Suisse n’a d’ailleurs jamais fait l’objet d’accusations de laxisme en la matière.
Jusqu’à présent, Berne n’avait cependant rien entrepris dans le sens d’un contrôle véritablement renforcé du trafic de diamants en provenance de Sierra Leone. «La Suisse seule ne pouvait de toute façon rien faire, nous dit-on. Mais maintenant que la communauté internationale a décrété un embargo, nous allons suivre.»
De fait, le Secrétariat d’Etat à l’économie a d’ores et déjà préparé une ordonnance en vue d’interdire purement et simplement «toute importation directe et indirecte» des diamants de la guerre de Sierra Leone. Le Conseil fédéral pourra donc prendre sa décision dans l’une de ses premières séances aussitôt après sa rentrée fixée au 23 août. Comme pour l’ONU, cette interdiction complétera donc l’embargo de 1997 sur la livraison de matériel de guerre.
Ces mesures sont-elles vraiment efficaces? On peut en douter. D’abord parce qu’il n’est guère facile de déterminer avec précision l’origine des pierres précieuses, surtout lorsqu’elles arrivent sur les marchés mélangées à des lots de diverses provenances. Ensuite parce que ceux qui font commerce illégal de diamants ont aussi les moyens d’en trafiquer les certificats d’origine. Il est donc des guerres, hélas, qui ont encore l’avenir devant elles.
Bernard Weissbrodt
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