En difficulté à Moscou, Berezovski perd une bataille devant la justice suisse
Le Tribunal fédéral a rejeté le recours du magnat russe contre l´entraide judiciaire accordée à Moscou et refusé en particulier de lever le séquestre de ses comptes en Suisse. Les démêlés de Boris Berezovski sont donc loin d´être terminés.
Alors que la justice suisse continue ses investigations concernant son implication dans les détournements de fonds à Aeroflot, Berezovski n’est plus dans le premier cercle de conseillers, autour du président Poutine. Pire: à l’instar des autres oligarques, il doit faire face à des attaques violentes du pouvoir.
Joueur d’échecs imprévisible, comploteur redoutable, animal luttant farouchement pour la défense de ses biens: Boris Berezovski, dit BAB, est tout cela à la fois. Mais surtout, il symbolise les années Eltsine, ces années folles d’une transition ratée au cours de laquelle un petit groupe d’oligarques s’est enrichi à grande vitesse, au cours de privatisations truquées.
Aujourd’hui, Vladimir Poutine pense ne plus avoir besoin du soutien médiatique et financier de ces hommes de pouvoir. Le président russe s’est ainsi lancé depuis quelques semaines à une chasse aux oligarques qui a eu le don d’exaspérer BAB, habitué aux faveurs du pouvoir. Mais il sait que cette campagne est populaire chez les Russes: lorsque le peuple souffre, il aime voir les puissants perdre leur immunité.
D’autant plus que la majorité des oligarques est juive, élément non négligeable dans un pays où l’antisémitisme a des racines profondes. Du coup, désireux de reprendre la main, Berezovski a démissionné la semaine dernière de la Douma, dans un geste de défi au Kremlin. Conscient des progrès de l’enquête sur Aeroflot, l’homme d’affaires devance ainsi tout débat sur son immunité, en s’en délestant.
Boris Berezovski veut à présent se consacrer à l’édification d’une «opposition constructive». La première étape consiste à créer un holding de médias, dont le cœur serait la chaîne ORT, dans laquelle il détient 49 pour cent. Problème: l’Etat pourrait s’opposer à une privatisation complète, préférant au contraire remettre la main sur toutes les parts.
Berezovski réclame une amnistie pour toute la décennie écoulée, en affirmant à juste titre que personne n’a les mains totalement blanches dans le monde des affaires. Une table ronde aura lieu vendredi entre Vladimir Poutine et les puissants businessmen russes. Boris Berezovski y participera.
Il y a quatre ans, il avait réuni tous les oligarques pour assurer la réélection de Boris Eltsine; à l’automne dernier, il avait organisé et soutenu l’ascension de l’agent Poutine. Aujourd’hui, le faiseur de rois semble dépourvu face à la montée en puissance, autour du président, des services secrets.
Piotr Smolar, Moscou
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