Faute de preuve, la Suisse blanchit les «amis de Carlos»
En 1994, la Suisse avait emprisonné deux hommes et deux femmes soupçonnés d'appartenir au réseau du terroriste Carlos. Aujourd'hui, le Ministère public de la Confédération - qui n'a jamais rien pu prouver - classe le dossier.
Quels liens ont bien pu avoir cet Américain de Genève et son ex-compagne, tous deux écolos bon teint, ce Tessinois un peu anarchiste et cette Tessinoise de Zurich avec Illitch Ramirez Sanchez, alias Carlos? On ne le saura probablement jamais. Le Ministère public n’ira pas plus loin dans ses investigations.
En septembre 1994, quelques semaines après l’arrestation de Carlos au Soudan, la Police fédérale appréhende et emprisonne les quatre suspects à Genève et au Tessin. Officiellement soupçonnés d’assassinats et de tentatives d’assassinat répétées, ils passeront entre un et trois mois derrière les barreaux, sous un régime spécial qui leur interdit par exemple toute visite de leurs avocats.
L’accusation se base sur deux rapports, émanant l’un des services secrets hongrois et l’autre de la défunte Stasi, la fameuse police secrète de l’ex-Allemagne de l’Est. Selon ces documents, les prévenus auraient participé – entre 1981 et 1983 – à certains des attentats meurtriers organisés par celui qui était alors l’homme le plus recherché de la planète.
A l’époque déjà, les avocats du quatuor dénoncent le manque de sérieux de l’accusation, qui ne parviendra jamais à prouver quoi que ce soit. Le Ministère public de la Confédération est alors dirigé par Carla Del Ponte et les médias ne manquent pas de souligner ce nouvel excès de zèle de Madame le Procureur, décrite à ses débuts comme adepte de la manière forte.
Ces mêmes avocats sont aujourd’hui bien décidés à demander réparation pour un emprisonnement qu’ils jugent totalement abusif. Mais le Ministère public a déjà annoncé qu’il n’entrerait pas en matière. Si la demande est présentée, elle sera du ressort de la Chambre d’accusation du tribunal fédéral.
Marc-André Miserez
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