Initiative antiétrangers: les médias internationaux posent des questions techniques
Peter Huber, directeur de l’Office fédéral des étrangers, a présenté mardi à Genève les enjeux de l'initiative visant à limiter la population étrangère à un parterre de journalistes du monde entier accrédités à l’ONU.
On aurait pu s’attendre à des questions dérangeantes ou indignées. Mais la vingtaine de journalistes qui ont répondu à l’invitation de l’Association des correspondants des Nations Unies à Genève (ACANU) ont essentiellement posé des questions techniques au responsable de l’Office fédéral des étrangers.
Accompagné d’un juriste, Peter Huber a tout d’abord dressé un rapide tableau des objectifs de l’initiative dite des 18 pour cent et les huit arguments du Conseil fédéral (dont celui de l’impact négatif face au reste de la planète) pour que la population vote non le 24 septembre prochain.
Peter Huber a ensuite évoqué le projet de nouvelle loi sur les étrangers (présenté comme une forme de contre-proposition des autorités suisses à l’initiative des 18 pour cent), dressé un tableau statistique et juridique de la population étrangère vivant en Suisse et conclu par le point de vue de sa ministre de tutelle, Ruth Metzler, qui a récemment déclaré que la Suisse ne pouvait se permettre d’accepter une telle initiative.
Les questions qui ont suivi ont porté sur les conséquences d’un vote favorable à l’initiative xénophobe. Le directeur de l’Office fédéral des étrangers a montré, chiffres à l’appui, qu’elle serait techniquement difficile à appliquer. Peter Huber a également précisé qu’il n’y avait pas de projet de mise en oeuvre éventuelle de l’initiative. Il a également rappelé qu’elle ne fixait aucun délais précis quant à son application effective.
Au fil des questions, le fonctionnaire suisse a pu souligner l’apport économique des étrangers en Suisse: «ils représentent le quart de la population active. Ils sont fortement présents dans les branches les moins qualifiées, mais également dans les professions les plus qualifiées.»
Face aux questions sur le processus de naturalisation en Suisse, Peter Huber a reconnu que les critères helvétiques étaient sévères et que le gouvernement allait soumettre l’année prochaine un projet facilitant la naturalisation des jeunes étrangers nés en Suisse. Il a également souligné que la moitié des 21 pour cent d’étrangers que compte la Suisse y vivent depuis plus de quinze ans ou bien y sont nés.
Invité à donner son sentiment quant à l’issue du scrutin, Peter Huber a expliqué que la question des étrangers suscite beaucoup d’émotion en Suisse et que les arguments rationnels n’ont pas forcément prise. Son juriste, Albrecht Dieffenbacher, a précisé qu’un certain nombre de Suisses jugeaient cette initiative inapplicable, mais qu’ils allaient quant même voter en sa faveur.
Mais alors, pourquoi le Conseil fédéral n’a-t-il pas empêché que cette initiative si contraire aux intérêts du pays passe en votation? «Elle ne viole pas le droit international contraignant, a répondu Peter Huber, un Etat a le droit de révoquer un accord international comme celui qu’a passé la Suisse avec l’Union européenne».
Frédéric Burnand
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