L’ex-premier ministre d’Ukraine jugé à Genève
Le procureur Bernard Bertossa a requis 18 mois de prison contre Pavlo Lazarenko. L'ancien ministre, accusé d'avoir détourné quelque 880 millions de dollars, a négocié un compromis avec la justice.
Face à l’étendue de l’affaire et faute de moyens d’investigations suffisants, c’est grâce à un compromis avec les avocats de la défense que la justice genevoise a pu juger Pavlo Lazarenko. L’ex-ministre, détenu aux Etats-Unis depuis février 1999, est accusé de blanchiment. Il a reconnu une partie des faits et a autorisé ses avocats à le représenter au procès. Il évite ainsi une extradition vers la Suisse.
L’histoire est classique. Entre 1992 et 1997, Pavlo Lazarenko aurait profité de sa position de gouverneur de la région de Dniepropetrovsk puis de son pouvoir de premier ministre pour détourner des fonds publics. Au total, selon un inspecteur de la brigade financière, ce sont 880 millions de dollars qui auraient quitté illégalement l’Ukraine, grâce à un réseau de sociétés écrans et à travers plus de 80 banques dans le monde.
Quelque 170 millions de dollars ont transité par la Suisse via 25 banques. L’enquête s’est révélée d¹une complexité extrême. L’organigramme de l’affaire établi par la justice genevoise couvre plusieurs mètres carrés et l’un des comptes bancaires concernés a été utilisé pour plus de 2500 opérations. Mais, au final, seules deux transactions, non contestées par l’accusé, ont été retenues pour le procès. Elles portent sur seulement 9 millions de dollars.
Devant le Tribunal de Police, le procureur Bernard Bertossa a demandé que l’argent bloqué en Suisse soit confisqué et restitué à l’Ukraine. Il a requis 18 mois d’emprisonnement contre Pavlo Lazarenko, soit la sanction maximale possible, compte tenu de cette procédure inhabituelle. La défense a plaidé pour une peine de moins d’un an. Le jugement sera rendu ultérieurement.
Ainsi, pour éviter de déboucher sur une impasse, la justice a dû se résoudre à laisser de côté une partie du dossier. Pourtant l’Ukrainien avait été arrêté en décembre 1998 à Bâle. Incarcéré treize jours à Genève, il avait été libéré sous une caution de quatre millions de francs.
Mais Pavlo Lazarenko n’est pas encore au bout de ses peines. Agé de 47 ans, il fait l’objet de procédures dans quatre pays. Outre l’Ukraine et la Suisse, Antigua a bloqué environ 120 millions de francs sur un compte lui appartenant, alors que les Etats-Unis ont ouvert une enquête pour blanchiment. Et la justice de San Francisco lui reproche d’avoir placé dans les banques américaines plus de 100 millions de dollars.
S’il est reconnu coupable, l’ancien premier ministre ukrainien risque plusieurs dizaines d’années de prison.
Luigino Canal
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