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La justice suisse enquête sur un trafic d’organes humains entre la Russie et l’Allemagne

Bernard Bertossa fera tout son possible pour débrouiller une affaire passablement compliquée. Keystone / Laurent Gilieron

Un cabinet d'avocats au Liechtenstein a-t-il tenté de créer un trafic d´organes humains et un commerce de préparations médicamenteuses à base de sang non contrôlé? Bernard Bertossa, procureur général de Genève, a ouvert une enquête préliminaire.

L’affaire remonte à janvier 1995. Marie-Gabrielle Koller, une avocate austro-canadienne travaillant au Liechtenstein dans un grand cabinet d’avocats, est chargée par son patron, Norbert Seeger, de créer une société ayant pour objet le commerce d’organes. Les organes, prélevés sur des donneurs vivants, viendraient de Russie et la clientèle serait allemande.

Norbert Seeger, qui est par ailleurs le président du Parti des citoyens progressistes, le principal parti d’opposition de la principauté, demande le 31 janvier 1995 au cabinet d’avocats Renggli à Genève de l’aider à créer l’Association pour la science et la recherche médicales dont le but est «de procurer des organes, uniquement moyennant un remboursement de frais».

Non seulement Marie-Gabrielle Koller refuse de s’impliquer dans ce trafic d’organes, mais elle dénonce les agissements de son patron auprès du chef du gouvernement du Liechtenstein. Très vite, l’avocate, aujourd’hui âgée de 45 ans, va devenir une pestiférée dans la principauté. Non seulement elle ne retrouve plus de travail, mais Norbert Seeger engage 18 actions contre elle pour «trahison, espionnage économique et diffamation ».

Le 9 décembre 1999, la justice du Liechtenstein a classé l’affaire. Mais l’émission «Temps Présent», de la Télévision suisse romande, qui a enquêté sur ce dossier, énumère de nombreux faits très troublants. Le nom de Norbert Seeger est bien apparu en Allemagne dans des ventes illégales de dérivés sanguins. De plus, la justice reconnaît que l’Association pour la science et la recherche médicales est «une association douteuse, sans membres ni activité notable» et qu’il y a eu «dissimulation de flux financiers».

Jusqu’à présent, les enquêtes judiciaires n’ont débouché sur aucune condamnation. Le Tribunal de Genève pourra-t-il aller plus loin dans ce trafic présumé d’organes passant par la Russie, le Liechtenstein, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les Iles Vierges britanniques, et très indirectement par la Cité de Calvin?

Ian Hamel

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