La Suisse est aussi dans le collimateur d’Amnesty International
Amnesty International vient de publier son rapport annuel. Des violations des droits de l'homme y sont dénoncées dans plus de 140 pays. La Suisse est aussi montrée du doigt.
Deux pages sur la Suisse dans un rapport qui, par ailleurs, fait état de multiples exécutions extrajudiciaires, de tortures, d’enlèvements et autres violences allègrement pratiquées de par le monde, cela peut surprendre. Mais les droits de l’homme sont, par définition, universels et indivisibles. Toute violation, de quelque nature soit-elle, doit être dénoncée. Il y va aussi de la crédibilité même de cette organisation qui ne peut se permettre de faire des choix dans ses dossiers.
La Suisse se voit ainsi épinglée, année après année, pour allégations de mauvais traitements infligés par des policiers à des suspects de droit commun. Amnesty International déplore ouvertement le fait que plusieurs cantons n’ont toujours pas introduit dans leurs règlements certaines des garanties fondamentales qui protègent l’intégrité physique des personnes placées en garde à vue, notamment le droit de prévenir ses proches ou celui de consulter sans délai un avocat.
Le rapport signale le cas d’une enquête administrative ouverte à Genève suite à une plainte déposée par les parents d’un jeune garçon kosovar, frappé par des policiers et mordu par un chien. A la demande de sa famille, un médecin avait pu confirmer des blessures correspondant aux allégations de l’adolescent, victime par ailleurs d’un traumatisme psychologique.
Amnesty International dénonce également certaines méthodes de contrainte utilisées lors d’expulsions. Là, c’est surtout la police de l’aéroport de Zurich qui est visée par le rapport. L’an dernier, elle a recouru à des procédures jugées «cruelles, dégradantes ou dangereuses» à l’encontre de plusieurs dizaines d’immigrés clandestins ou demandeurs d’asile déboutés qui résistaient physiquement (mais pas toujours) à leur renvoi.
L’organisation se base sur les avis de médecins légistes de réputation internationale pour dire et redire qu’elle s’oppose, par exemple, à ce que des policiers utilisent des matériaux, comme les bâillons ou les rubans adhésifs, qui entravent la respiration des personnes expulsées. De telles pratiques peuvent être mortelles. Un ressortissant palestinien est mort ainsi étouffé à Zurich en mars de l’année dernière. On attend les conclusions de l’enquête judiciaire.
Après les dénonciations, les félicitations. Amnesty International salue, en effet, «le précédent historique établi par la Suisse» dans l’application du droit pénal international. Un procès a été intenté à un Rwandais accusé de participation à des crimes commis durant le génocide de 1994. Un tribunal militaire de première instance l’a condamné l’an dernier à la réclusion à vie, mais le procès n’est pas terminé. De nouveaux recours ont été déposés suite à un jugement moins sévère prononcé en appel.
Quoi qu’il en soit, Amnesty International saisit cette occasion pour encourager les pays qui hébergent des personnes soupçonnées de génocide à mener, eux aussi, l’enquête sur la base de telles allégations et, le cas échéant, à traduire les coupables en justice selon les normes du droit international.
Bernard Weissbrodt
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