La Suisse fait ses adieux à Ibrahim Rugova
La ministre suisse des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey fait partie des officiels qui participent, aujourd'hui, aux funérailles du président du Kosovo.
La Suisse rend ainsi, elle aussi, un ultime hommage à un homme dont l’Etat a des liens particuliers avec la Suisse. D’autant plus qu’un Albanais du Kosovo sur dix vit actuellement en Suisse.
La cérémonie des obsèques du président du Kosovo Ibrahim Rugova a débuté jeudi matin à Pristina.
Placé sur un affût de canon, son cercueil a été transporté dans une salle de sports où sont réunies les délégations étrangères dont la suisse emmenée par Micheline Calmy-Rey.
Le corps du défunt président du kosovo doit être enterré en début d’après-midi dans «la Tombe des martyres», le complexe du monument aux combattants.
Les obsèques d’Ibrahim Rugova ont un «caractère national et d’Etat» même si le Kosovo reste formellement une province de Serbie depuis la fin du conflit entre forces serbes et séparatistes albanais.
La Suisse réaffirme sa position
Lundi, à la suite de son entretien avec son homologue autrichienne Ursula Plassnik, la cheffe de la diplomatie suisse avait annoncé que les discussions sur le statut du Kosovo allaient continuer. Même après la mort d’Ibrahim Rugova.
A cette occasion, Micheline Calmy-Rey avait souligné que la question du statut de la province (administrée par l’ONU) devait être clarifiée «relativement rapidement». Car, avait-elle ajouté, sur place, «la situation reste plutôt instable».
A Vienne, la ministre suisse des Affaires étrangères avait aussi réaffirmé sa préférence pour une indépendance formelle du Kosovo.
Mais Micheline Calmy-Rey avait souligné qu’une solution définitive devait être trouvée «à travers des discussions entre les partis concernés».
Une figure emblématique
Avec le décès d’Ibrahim Rugova, c’est également une figure emblématique qui s’en est allée. Le président du Kosovo était considéré comme la personne la plus à même de faire accepter une inévitable solution de compromis à ses concitoyens.
Fondateur et directeur (jusqu’en 2002) de l’Université populaire albanaise de Genève, le député Vert Ueli Leuenberger s’attend à des luttes de pouvoir entre les différents partis de la province, mais également au sein même du parti d’Ibrahim Rugova (Ligue démocratique du Kosovo).
Selon Ueli Leuenberger, le leader du Parti démocratique du Kosovo Hashim Thaci pourrait jouer un rôle prépondérant dans ce contexte. A noter que ce dernier a étudié à Zurich et a fondé l’armée de libération du Kosovo en collaboration avec des familles influentes sur place.
Espoirs de négociations
Expert de la question du Kosovo, Ueli Leuenberger espère que les négociations sur le statut de la région vont aboutir à une indépendance formelle de la province, accompagnée toutefois de garanties claires concernant les droits de la minorité serbe et des autres minorités.
«Toute autre solution, et en particulier une division du Kosovo, conduirait à la guerre», observe encore Ueli Leuenberger.
Le ministère suisse des affaires étrangères (DFAE) craint lui également une déstabilisation de la région.
«Avec le décès d’Ibrahim Rugova, explique le porte-parole du DFAE Jean-Philippe Jeannerat, la situation devient plus difficile, mais il ne faut pas se montrer trop pessimistes non plus.»
La diaspora kosovare
En Suisse, les organisations politiques et culturelles kosovares soulignent leur attachement au défunt président.
«Sa mort nous a profondément touché, commente le journaliste Hevzi Kryeziu. Ce n’est pas que le Kosovo qui perd un homme engagé pour la paix, mais toute la région des Balkans.»
Selon lui, la situation ne devrait pas dégénérer pour autant. «Aujourd’hui, estime-t-il, l’administration et les autres institutions fonctionnent plutôt bien au Kosovo. Les politiciens sont eux aussi conscients que leur mandat ne constitue pas un privilège, mais une responsabilité face à la population.»
Hevzi Kryeziu espère, par ailleurs, que la Suisse continuera de soutenir l’indépendance du Kosovo.
De son côté, membre du Centre culturel albanais de Winterthour, Shefget Cakolli estime qu’il manque un successeur qui ait la stature politique d’Ibrahim Rugova.
«Mais la situation restera calme, prédit-il. Seule une minorité de personnes refusent tout dialogue. La grande majorité de la population veut la paix et la liberté.»
swissinfo, Jean-Michel Berthoud
(Traduction: Mathias Froidevaux et Alexandra Richard)
Dans les années 90, les Albanais sont devenus la deuxième communauté étrangère la plus importante de Suisse.
Aujourd’hui, environ 200’000 Albanais du Kosovo vivent en Suisse, soit 10% de la population du Kosovo.
En Allemagne, où réside la plus grande communauté kosovare, on recense 400’000 Albanais du Kosovo.
La Suisse participe aux opérations de maintien de la paix de l’ONU et de l’OTAN au Kosovo avec un contingent de militaires (Swisscoy).
– Dès 1989, Ibrahim Rugova a mené une lutte non-violente contre le régime du président serbe Slobodan Milosevic. D’où son surnom de «Gandhi des Balkans».
– Durant la guerre des Balkans, Ibrahim Rugova a été éclipsé par les groupes armés kosovars qui se battaient pour l’indépendance du Kosovo.
– A la fin de la guerre, en juin 1999, il est revenu sur le devant de la scène. En 2002, Ibrahim Rugova est élu Président lors des premières élections organisées par l’ONU dans la province. Il a été réélu en octobre 2004.
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