Le boulet du juge Laurent Kasper-Ansermet
Blanchi en novembre 1999 par le Grand Conseil genevois, le juge Laurent Kasper-Ansermet n'a, en revanche, pas été épargné par le Conseil supérieur de la magistrature, qui le sanctionne d'un blâme.
Pendant combien d’années l’affaire Gaon va-t-elle encore poursuivre Laurent Kasper-Ansermet? Procureur à Genève à l’époque des faits, il demande en 1994 à P. C., un personnage haut en couleurs, d’enquêter sur la Compagnie Noga d’importation et d’exportation, appartenant au milliardaire Nessim Gaon.
Le Conseil supérieur de la magistrature considère que Laurent Kasper-Ansermet a manqué de rigueur dans ce dossier. Le magistrat aurait notamment accepté que «des pièces de provenance douteuse» demeurent en possession de son collaborateur «non assermenté».
Plus grave, il aurait pris le risque «que des informations confidentielles soient portées à la connaissance de tiers, y compris de journalistes». En effet, P.C. loge à cette époque P.A., un ancien journaliste. Ce dernier va publier au fur et à mesure de l’enquête des articles dans la presse locale.
En décembre 1994, P.C., aidé d’un complice, va tenter de faire chanter Nessim Gaon et de lui extorquer 2 millions de francs. Emprisonné, le curieux expert affirme que le juge Laurent Kasper-Ansermet était parfaitement au courant de cette tentative de chantage. Ce que le juge nie farouchement.
En 1999, la Chambre d’accusation de Genève avait ordonné l’ouverture d’une enquête pénale contre Laurent Kasper-Ansermet, notamment pour «faux témoignage». Mais le Grand Conseil refusait de lever l’immunité du juge.
A présent, le Conseil supérieur de la magistrature considère que le juge «a fait preuve de réticence et de défaut de transparence», et qu’il a «occulté certains aspects de sa collaboration avec son enquêteur». Laurent Kasper-Ansermet, qui considère que son blâme est injustifié, a toutefois renoncé à recourir auprès du Tribunal fédéral.
Depuis 1994, le magistrat a toujours reçu le soutien de Bernard Bertossa, le procureur général de Genève, qui constate que «les juges trop entreprenants sont l’objet de poursuites disciplinaires».
Ian Hamel
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