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Quatre Suisses jugés à Hong Kong

De gauche à droite: les Suisses à Hong Kong: Roland Isenschmid, Duy-Quoc Lam, Simone Schlegel et Erich Bachmann. swissinfo.ch

Depuis plusieurs semaines, des adeptes du Falun Gong comparaissent devant la justice de Hong Kong. Ils sont accusés d'avoir perturbé l'ordre public.

Les faits remontent au 14 mars. Ce jour-là, la police de Hong Kong arrête seize «pratiquants» du Falun Gong, ce mouvement qui se définit par une spiritualité traditionnelle chinoise faite de méditation et d’exercices corporels, et qui prône «la vérité, la compassion et la tolérance».

Ce petit groupe de militants, dont quatre Suisses (trois hommes et une femme), manifestait face au très officiel Bureau chinois de liaison pour dire combien il désapprouvait l’ordre donné à Pékin par le président Jiang Zemin de tirer sur les adeptes de Falun Gong.

Si depuis 1999 ce mouvement est interdit en Chine où il est considéré comme «une secte hérétique qui contrôle l’esprit des individus», il est autorisé à Hong Kong, territoire dont on rappellera qu’il est depuis cinq ans rattaché à la République populaire tout en gardant son autonomie.

Cette manifestation à seize, dont on peut imaginer qu’elle n’occupait que peu de place et ne faisait guère de bruit, n’a cependant pas plu à la police locale qui est intervenue et a procédé à l’arrestation du groupe, lequel passe maintenant devant la justice de Hong Kong.

Expulsés, ils y retournent

Mais pourquoi ces quatre ressortissants suisses – tous de Suisse alémanique – se trouvaient-ils là-bas? En fait, ils avaient au départ l’intention d’aller clamer leur protestation à Pékin même. Mais, n’ayant pas obtenu de visa, ils s’étaient repliés sur Hong Kong.

Leur propos était alors d’entamer un «sit-in» et une grève de la faim devant le Bureau de liaison chinois. «C’était leur projet personnel, nous explique Marianne Grangier, militante genevoise du Falun Gong, nous n’en étions pas informés.» Mais, sur place, douze adeptes locaux du mouvement les ont rejoints par solidarité.

Après leur arrestation, les quatre Suisses ont été expulsés de Hong Kong, mais ils y sont retournés pour assister à leur procès. Pourquoi? «Toujours par solidarité, poursuit Marianne Grangier, mais aussi parce que s’ils n’y retournaient pas, ils auraient été accusés et condamnés d’office.»

L’affaire paraît plutôt bénigne. Mais les gens de Falun Gong y voient non seulement une nouvelle attaque, avec de mauvais prétextes contre leur mouvement, mais aussi les prémices d’une mainmise grandissante de Pékin sur Hong Kong et une érosion des libertés dans ce grand carrefour de l’Asie.

Déjà huit semaines

Le procès ne devait durer que quelques jours, il en est déjà à sa huitième semaine. Les protestataires sont accusés d’avoir obstrué la voie publique, fait entrave à la force publique, et d’avoir déployé une banderole du style «Jiang Zemin, fin aux tueries».

L’accusation réfute les reproches de «persécution» adressés à la police par les prévenus. La défense plaide non coupable, vu que le droit de manifester existe à Hong Kong. Reste que ces seize militants risquent tout de même une amende de quelques centaines de dollars ou quelques mois de prison.

Quoi qu’il en soit, le Falun Gong aura de quoi faire encore parler de lui en Suisse. L’an dernier, à pareille époque, l’une de ses délégations avait déjà été reçue par des représentants de la section politique des droits de l’homme du ministère suisse des Affaires étrangères.

On en avait profité à Berne pour rappeler que la Suisse avait déjà exhorté Pékin «à respecter la liberté de culte, la liberté d’opinion et les droits individuels des citoyennes et citoyens chinois».

Berne attentive

Le ministère des Affaires étrangères semble d’ailleurs consacrer beaucoup d’attention à cette affaire. Sa porte-parole Muriel Berset-Kohen nous a expliqué que les quatre personnes concernées avaient même été averties des risques qu’elles couraient, d’abord en voulant manifester à Pékin, ensuite en retournant à Hong Kong pour leur procès.

Lors de leur arrestation, elles avaient bénéficié de toute la protection consulaire prévue dans ce genre de situation. Et le même consul général de Suisse n’a pas ménagé ses efforts pendant tout le procès, suivant son déroulement au jour le jour et faisant régulièrement rapport à Berne.

Lors d’un de ses voyages, Mme Ruth Metzler, ministre de la Justice, a semble-t-il évoqué le cas de ces quatre Suisses lors d’une rencontre avec son homologue de Hong Kong. Aujourd’hui, Berne attend le verdict sans anticiper les éventuels commentaires que pourrait susciter la décision du tribunal.

swissinfo/Bernard Weissbrodt

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