Rendez-vous mondial et social à Genève: ultimes préparatifs
Genève se met peu à peu au rythme de l´événement annoncé: l´ONU cherche ses mots, la Suisse organise son Forum, les ONG aiguisent leurs positions. Quant aux responsables de la sécurité, ils comptent leurs hommes et dressent les premiers barrages.
Ils seront, paraît-il, six ou sept mille à participer à l’un ou l’autre des grands rendez-vous de cette semaine de juin pas comme les autres. Le chiffre a été revu à la hausse. Par contre, les hôtes de marque – chefs d’État et de gouvernement – se feront plus rares que ce qu’avait espéré la Suisse en invitant l’Assemblée générale de l’ONU.
De toutes façons, fait-on remarquer, Copenhague plus 5 n’est pas un sommet, mais une conférence chargée d’examiner des résultats et de relancer les actions décidées il y a cinq ans. Regardez Pékin plus 5, il y a trois semaines à New York. Pour parler des femmes, il n’y avait pratiquement aucune personnalité de premier rang. Après tout, ce n’est pas parce que les chefs ne sont pas là que ça empêche les autres de réfléchir!
Le président de l’Assemblée générale, la Namibien Theo-Ben Gurirab, cherche encore l’adjectif adéquat qu’il aimerait coller au bilan de l’après-sommet de Copenhague. Cela va d’inégal à désastreux en passant par décourageant, décevant et démoralisant. Il y a cinq ans, commentait-il vendredi en conférence de presse, les gouvernements avaient mis la mondialisation «au bénéfice du doute». C’est un échec. «On dit souvent qu’il faut donner un visage humain à cette mondialisation, mais c’est aussi d’un cœur dont elle a besoin».
La faute à qui? Aux milieux d’affaires, aux gouvernements, au système international, bref à tous ceux qui avaient les moyens d’agir, qui ne les ont pas utilisés et qui continuent de travailler en ordre dispersé, répond Juan Somavia, le patron chilien du Bureau international du travail, qui vendredi soir était également l’hôte du Grand Conseil genevois. Les députés du canton avaient en effet décidé de faire entorse au protocole et de donner la parole à deux orateurs étrangers, l’autre étant le sociologue belge François Houtart par ailleurs invité du «sommet alternatif» qui tient ses assises dans un auditorium de l’université de Genève.
Vous avez dit alternatif? Si vous voulez que le mot soit vraiment crédible, explique le professeur de Louvain dans un petit texte édité par un groupe d’associations, il faut aussi faire des propositions concrètes à court terme. Elles existent. Il faut en tout cas détruire l’idée qu’il n’y a pas d’alternatives au système économique actuel. La vraie question est de savoir s’il existe une volonté politique de les mettre en œuvre. Alternatif, parallèle ou anti, peu importe, ce sommet devrait accoucher de sa propre déclaration, sans aucun doute fort différente, dans le ton et sur le fond, de celle que les délégations gouvernementales négocieront la semaine prochaine dans les coulisses du Palais des Nations.
Dans l’immédiat, c’est-à-dire ce dimanche, ce qui préoccupe Genève est de savoir comment va se dérouler la manifestation qui doit mener les «alternatifs», et autres militants de la «mondialisation de la résistance», du centre ville jusqu’à la Place des Nations. Là où, presqu’à la même heure s’ouvrira le Forum de la société civile organisé par la Suisse. Il faut dire que les émeutes de 1998 contre l’OMC n’ont pas encore été bien digérées. Vendredi, le Département fédéral de la défense a annoncé que l’armée allait prêter main forte et 800 hommes à la police genevoise. Laquelle, le temps d’une semaine, se voit privée de congés et de vacances.
Bernard Weissbrodt
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