Tito, la star des lynx, est mort
Le corps du jeune mâle a été retrouvé, jeudi, dans l'Oberland bernois. Condamné à mort par l'homme, l'animal a vraisemblablement été renversé par une voiture.
Les aventures de Tito avaient fait la une des journaux. Et Pro Natura l’avait promu mascotte de sa campagne de protection des lynx. Son histoire débute dans le canton de Fribourg. L’an dernier, peu après la mort de sa mère, le jeune lynx commence à faire parler de lui.
Selon ses détracteurs, il aurait égorgé quelque cinq moutons. Ses défenseurs affirment pour leur part que les chiens du voisinage ont largement participé au massacre.
Reste que dans le canton de Fribourg le ton monte. La polémique enfle tant et si bien que Tito est condamné à mort. En juin 1999, l’Office fédéral de l’environnement délivre l’autorisation d’abattre le jeune mâle. La nouvelle provoque un tollé. Le WWF n’hésite d’ailleurs pas à mandater un avocat pour étudier des voies de recours légales contre cette décision.
Mais Tito assure sa défense sans l’aide des hommes de loi. Sa stratégie est simple: le félin quitte tout simplement les pâturages gruériens, où il est condamné, pour émigrer dans l’Oberland bernois.
Tito a déjà la carrure d’une star. Pro Natura, qui a proclamé le lynx animal de l’année, le confirme dans son rôle. En janvier, l’organisation pour la protection de l’environnement ouvre un site internet qui, chaque semaine, permet aux internautes de suivre les nouvelles péripéties de l’animal ainsi que celles de Raja, une femelle accompagnée de son petit. Des dizaines de milliers de personnes visitent le site.
Aujourd’hui, les deux lynx fétiches de Pro Natura ont disparu. Les traces de Raja ont été perdues à la mi-juillet déjà. Quant au cadavre de Tito, probablement renversé par une voiture, il est actuellement analysé à la polyclinique vétérinaire de Berne.
«Les accidents de la circulation sont, après le braconnage, les secondes causes de mortalité des lynx», déplore Nathalie Rochat, responsable de la campagne lynx chez Pro Natura .
Mais c’est bien le braconnage qui fait le plus de victimes. Cette année, cinq lynx au moins en ont déjà fait les frais. Et, depuis la réintroduction du lynx en Suisse, il y a une trentaine d’années, pas moins d’une quarantaine de cas de braconnage ont été identifiés. «Et il ne s’agit là que des cas connus, renchérit Nathalie Rochat, en réalité il doit y en avoir beaucoup plus.»
Aujourd’hui, entre 100 et 150 lynx se partagent le territoire suisse. Plus précisément, les félins se sont concentrés dans certaines régions de la chaîne jurassienne et du nord-ouest des Alpes. Et c’est cette concentration sur un espace réduit qui pose problème. Elle risque pourtant de perdurer. En effet, le lynx n’est pas un grand migrateur.
Vanda Janka
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