Trafic de chevaux: une vingtaine de personnes impliquées en Suisse
La vengeance d’une femme bouleverse les milieux équestres helvétiques: depuis des années, des chevaux passent illégalement les frontières nationales. Révélée par «dimanche.ch», l’affaire touche en particulier les cantons de Fribourg, du Jura.
L’hebdomadaire lausannois le révélait dans son édition de dimanche: les douanes suisses viennent de démanteler l’un des plus importants trafics de chevaux de ces dernières années. Une vingtaine de personnes, dont certaines sont bien connues du milieu et de leur région, sont impliquées.
La direction des douanes a confirmé l’information, mais elle préfère ne pas s’étendre sur le sujet. «Il nous manque encore des éléments, explique le porte-parole Roger Gauderon. Toutefois le trafic porte sur un quart de million de francs et sur plusieurs douzaines de bêtes.»
L’affaire est d’importance: les personnes impliquées économisaient plusieurs milliers de francs à chacun de leur passage clandestin. Selon «dimanche.ch», les «quelques douzaines de bêtes» représentent en fait une bonne centaine de chevaux de sport, importés principalement d’Alsace.
L’enquête concerne la Suisse entière, ou presque, de Saint-Gall en Valais, où des contrôles ont été effectués auprès de professionnels et de privés. Principal accusé: Claude Ribstein, soupçonné d’avoir fait passer des chevaux d’Alsace en Suisse sans les dédouaner. Et ce, depuis des années.
Selon les enquêteurs, ce commerçant alsacien importait les animaux en l’absence des douaniers ou utilisait des permis prévus pour d’autres chevaux. Interpellé le 22 juillet à Bâle, il a été relâché vendredi. Approché par «dimanche.ch», il a souhaité «faire le point avant de parler de cette affaire».
D’après plusieurs personnes impliquées dans ce trafic de chevaux, c’est l’épouse de Claude Ribstein, Lisa, qui serait à la source du coup de filet douanier. Abandonnée il y a un an par son mari pour une autre femme, elle aurait juré de se venger.
Pour attirer son ex-mari en Suisse, elle l’aurait donc appelé le 21 juillet, exigeant qu’il aille chercher leur fille à Bâle, le lendemain. Claude Ribstein est tombé dans le piège et s’est retrouvé menottes au poignet. Selon «dimanche.ch», il risque une amende globale de 220.000 francs.
A l’Office fédéral de l’agriculture, qui délivre les permis d’importation, on est dépassé par les événements. Il faut dire que le changement de régime de dédouanement, datant du 1er juillet 1995, n’a pas simplifié le travail des autorités. Loin de là.
«Auparavant, l’importation de chevaux était très limitée et autorisée uniquement aux marchands de chevaux, explique Bernard Chatton, chef du Service des enquêtes douanières à Lausanne. Depuis 1995, chaque personne désirant importer un cheval peut le faire.»
D’autre part, selon la nouvelle loi, l’acheteur n’a plus besoin d’annoncer son animal et les contrôles sont extrêmement rares. Comment alors lutter efficacement contre les importations clandestines? Comme l’avoue Bernard Chatton, «c’est l’anarchie complète au niveau du commerce chevalin.»
swissinfo
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