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enfant dans la neige

Notre conseil de lecture du week-end

Bonjour a vous Suissesses et Suisses de 'l'étranger,

Janvier, c'est la saison des camps de ski. Si la neige veut bien se montrer plus généreuse, des milliers d'enfants suisses iront bientôt imprimer la trace de leurs lattes et de leurs planches dans la poudreuse. Une tradition que l'on dit menacée, mais à laquelle les écoles suisses tiennent mordicus.

Et en prime, nous vous offrons une plongée rétro dans les années 80, heure de gloire du ski suisse de compétition. Histoire aussi de se rappeler que malgré la valeur de nos championnes et de nos champions, la Coupe du Monde reste avant tout une affaire... autrichienne.

Excellente lecture,



Snowboarders sur télésiège
Au camp de ski, on fait aussi du snowboard. © Keystone / Jean-christophe Bott

En Suisse, chaque enfant devrait passer au moins une semaine de sa vie d’écolier à la neige. C’est la tradition qui le dit, pas la loi. Tradition qui reste bien vivante. Tant qu’il y aura de la neige et que le pays aimera son sport national.


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«Aujourd’hui, on ne parle plus de camps ‘de ski’, mais de camps de ‘sports de neige’», précise d’emblée Tobias Fankhauser, de l’Office fédéral du sport (OFSPOLien externe). La plupart de ces séjours scolaires en montagne permettent en effet de faire aussi du snowboard, du ski de fond, voire du saut à skis.

Mais le principe reste le même: cinq jours durant, profs et élèves ont l’occasion de se découvrir sous un jour nouveau, loin du formalisme réglementé de la classe. Pour l’OFSPO, les camps «permettent aux jeunes de vivre une expérience positive pour leur socialisation et leur développement». Les enfants en gardent généralement de bons souvenirs: les amitiés qui se renforcent, le chahut et les rigolades dans les dortoirs et les émois des soirées entre copains et copines.

Sur le plan sportif aussi, le bilan est globalement positif. En immersion totale, sans parents pour les surprotéger et sous le regard constant de toute la classe, les élèves peuvent accomplir en cinq jours des progrès étonnants. Tout ça de gagné pour les familles, qui vont ensuite d’autant plus volontiers passer le dimanche sur les pistes.



Garder le lien avec la montagne

«En Suisse, la tradition des camps d’hiver date de la Seconde Guerre mondiale», explique Grégory QuinLien externe, maître d’enseignement et de recherche à l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne.

«Ils ont été créés pour remplir les hôtels, désertés par les touristes étrangers. Et c’est d’ailleurs toujours un peu l’idée. Car en termes de motricité ou de santé, les sports de neige n’apportent rien de plus que les activités courantes d’éducation. L’intérêt est plutôt de maintenir le lien entre la population suisse et ses montagnes».

Un intérêt qui se maintient depuis plus de 70 ans. Aujourd’hui, pratiquement tous les élèves suisses vont ou iront en camp de neige au moins une fois au cours de leur scolarité obligatoire – même si aucune loi ne force leurs écoles à les y envoyer.

En Suisse, État fédéraliste, l’école est du ressort des cantons. Mais même les plus éloignés des montagnes – éloignement tout relatif dans ce pays où les sommets sont partout visibles à l’horizon – organisent des camps de ski. Les deux plus grands cantons alpins, le Valais et les Grisons, n’ont même pas besoin de louer des chalets pour les élèves. Dans ces vallées où l’on n’est jamais à plus d’une heure des pistes, les classes de neige se font à coups de journées, ou de demi-journées.

Fléchissement, mais en pente douce

Est-ce à dire que l’enseignement de la glisse est inscrit dans les gènes des écoles suisses au même titre que celui de l’histoire ou des langues nationales? Pas sûr. Depuis quelques années, on remarque un léger fléchissement. L’OFSPO, qui participe au financement des camps via le programme d’encouragement fédéral Jeunesse+SportLien externe, tient une statistique nationale depuis 2005. En 13 ans, le nombre de camps est passé de 2585 à 2368. Pas vraiment une chute, mais la tendance est là.


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Légère baisse, mais pas de chute. Et depuis quelques années, les chiffres remontent.


Tobias Fankhauser, porte-parole de l’Office fédéral, y voit plusieurs explications possibles: «il y a notamment l’évolution démographique [de moins en moins d’enfants], le manque de neige, surtout dans les stations de basse altitude et proches des grandes agglomérations, mais aussi le fait que les sports de neige ne sont pas une priorité pour les familles issues de l’immigration».

S’y ajoutent les exigences de sécurité et de surveillance, que certains enseignants et directeurs d’école ne veulent plus assumer. Sans compter les craintes des parents: «Les gens ont peur de laisser leurs enfants dormir à l’extérieur, avec d’autres problèmes qu’il pourrait y avoir, relève Vincent Ebenegger, responsable sport et santé à l’école pour le canton du Valais. Et puis, ne le cachons pas: ça devient de plus en plus cher».

Le nerf de la guerre

C’est que le camp de neige est rarement gratuit. Peu d’écoles arrivent à en couvrir les frais avec leur budget courant. On rencontre fréquemment au marché ou dans les halls des centres commerciaux des élèves qui vendent des pâtisseries, des babioles ou des billets de tombola pour aider à financer leur camp. Et les écoles demandent aussi aux parents de participer, pour des sommes qui vont de quelques dizaines à parfois plus de 300 francs.

Beaucoup trop pour le Tribunal fédéral (TF), qui rend en décembre 2017 un arrêtLien externe qui va faire grand bruit. Statuant sur le recours de quatre parents du canton de Thurgovie – qui ne visait pas les camps de ski en particulier, mais l’ensemble des activités scolaires payantes -, les juges de la Cour suprême disent que lors d’un camp, l’école ne peut facturer aux parents que ce que leur coûteraient les repas de leur enfant s’ils étaient à la maison, soit entre 50 et 80 francs par semaine suivant l’âge.

Aussitôt, c’est la panique, surtout dans les médias, qui craignent que la sentence ne signe l’arrêt de mort des camps de neige dans tous les cantons suisses.

Dans les faits, l’OFSPO n’a rien observé de tel. «Au contraire, les années 2018 et 2019 [jusqu’ici] ont vu l’organisation d’un nombre de camps plus élevé que l’année 2017», note Tobias Fankhauser. Et sans l’arrêt du TF, est-ce qu’il y en aurait eu encore plus? Prudent, le porte-parole admet que sur cette question «on ne peut que spéculer».

La Confédération à la rescousse

Il n’empêche: sur le long terme, même s’ils restent très populaires, la cote des sports de neige est lentement à la baisse en Suisse. Un peu à l’image de celle des athlètes helvétiques dans le grand Cirque Blanc de la Coupe du Monde de ski. 

«Le ski est devenu un sport de luxe, on en prend conscience maintenant, mais on aurait dû le voir il y a vingt ans. Pour une famille, cela peut coûter plus cher d’aller passer une journée dans une grande station comme Verbier que de partir trois jours au soleil à Porto ou en Grèce», fait crûment remarquer l’historien du sport Grégory Quin.

Mais s’il a aimé son camp de ski, l’enfant préférera Verbier – ou une autre destination de neige. Dès 2014, la Confédération a donc lancé une initiative en faveur des sports d’hiver, avec la plateforme GoSnowLien externe, qui permet aux écoles de trouver les offres les plus avantageuses d’hébergement et de remontées mécaniques pour organiser un camp.

Et à la rentrée 2019, la Valaisanne Viola Amherd, nouvelle ministre de la Défense et des Sports, a annoncé que son Département allouerait désormais aux écoles 12 francs par élève et par jour pour le camp de neige, au lieu de 7 francs 60 actuellement.

Le responsable des sports scolaires valaisan Vincent Ebenegger ne peut s’empêcher d’y voir un signe: «le fait qu’il existe une initiative comme GoSnow au niveau suisse montre qu’il y a un problème avec les camps de neige. Et si on augmente la participation fédérale, ce n’est pas pour rien non plus…»



Quand le ski suisse était au sommet

Éternels seconds derrière les Autrichiens, les Suissesses et les Suisses n’ont dominé la hiérarchie du ski mondial que durant les années 1980. Depuis, c’est la récession, alors qu’au pays, on skie de moins en moins. Les deux choses seraient-elle liées? 

«Championnats suisses de ski à Crans-Montana, avec quelques invités étrangers», titre un quotidien de boulevard romand au terme des Mondiaux de Crans MontanaLien externe en février 1987. Prétentieux? A peine. Sur les 30 médailles en jeu, la Suisse en décroche 14. Chez les dames, les Suissesses raflent les cinq médailles d’or, et les hommes en décrochent trois. En descente, les quatre premiers sont suisses – du jamais vu. Déjà super stars dans le pays, Maria Walliser, Erika Hess et Pirmin Zurbriggen deviennent des légendes – et les autres ne sont pas en reste.

Cette fin des années 80 marque l’apogée du ski suisse. Depuis le début de la décennie, l’équipe à la croix blanche a gagné six fois le classement général par nations de la Coupe du Monde (qui compte les points accumulés lors de l’ensemble des courses de la saison). Elle le remportera encore en 1989, mais ce sera la dernière fois. Dans les 30 années suivantes, c’est le règne sans partage de l’Autriche. La Suisse est souvent deuxième, mais aussi parfois plus loin.

Sport national

Pour autant, le ski est toujours LE sport national suisse. Pour Grégory Quin, de l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne, cela ne fait aucun doute: «Il reste très pratiqué, des centaines de milliers de personnes en font tous les hivers, on a les compétitions sur les chaines nationales tous les week-ends, et les audiences sont bonnes».

 

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Bien sûr, la Suède, la Norvège, la Croatie, le Canada, l’Espagne et même le Luxembourg ont aussi eu des championnes et des champions d’exception, mais en termes d’équipes en 53 ans d’existence, la Coupe du Monde de ski alpin est dominée par six nations. Ou plutôt par une + cinq. Soit dans l’ordre derrière l’indétrônable Autriche, la Suisse, l’Italie, la France, l’Allemagne (qui sont sans surprises les grands pays de l’arc alpin) et les Etats-Unis.

 

L’historien du sport serait d’ailleurs prêt à parier que lorsque Roger Federer va prendre sa retraite, le tennis risque de disparaître assez vite des écrans. «Le ski, en revanche, n’est pas menacé. Il est plus profondément ancré dans nos mœurs».

Pour Tobias Fankhauser, de l’Office fédéral du sport, le ski (et les sports de neige en général) sont aussi sans conteste les sports nationaux, mais attention, «si les écoles organisent moins de camps de neige, qu’il y a moins de gens qui les pratiquent, ce statut peut être menacé». Mais au vu de la tendance actuelle, «rien n’indique que les sports de neige pourraient perdre leur rang», ajoute le porte-parole.

Grégory Quin aimerait bien en être sûr. Pour lui, il faut absolument dissocier la question des camps de ski organisés par les écoles et celles des stars qui brillent au firmament du Cirque Blanc. «Nous avons enquêté sur cette question, et on voit que la Fédération suisse de ski, soit les ski clubs qui forment les champions de demain, perd des membres précisément depuis la saison 1987-88, qui a marqué l’apogée du ski suisse. Et la tendance ne s’est jamais inversée. Les stars sont souvent des exemples qu’on a envie de suivre, mais il n’y a pas forcément d’effet à long terme».


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Trois médailles d’or aux Mondiaux 82, une à ceux  de 85 et deux en 87, plus du bronze olympique et six Coupes du monde: à chaque fois, le pays fait un triomphe à Erika Hess (à gauche). Mais la gloire passe, et les champions ne suscitent pas longtemps les vocations.


Ces diables d’Autrichiens

Manifestement, les voisins de la Suisse ne connaissant pas ce genre de soucis. L’Autriche est non seulement le pays des champions d’exception (Franz Klammer, Annemarie Moser-Pröll, Marcel Hirscher et tant d’autres…) mais c’est aussi l’équipe ou si la star tombe, elles et ils sont cinq à sa suite à pouvoir l’emporter à sa place. Et ceci depuis toujours.

Y aurait-il une recette secrète? Pour Grégory Quin, la réponse tient en un mot: le ski-études. «Ils l’ont amené à un niveau de perfectionnement qui donne les résultats que l’on sait. Alors qu’en Suisse, le système fonctionne sur une base cantonale, voire communale, voire même d’établissement. Il est globalement défaillant, parce que morcelé».


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