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À quel point les Suisses sont-ils vraiment de gros travailleurs?

La culture suisse du travail: image idéale autoproclamée ou réalité? Keystone / Mint Images

Les Suissesses et les Suisses passent pour un peuple assidu au labeur. Vraiment? Quatre graphiques montrent comment et combien on travaille en Suisse en comparaison internationale.

Ce contenu a été publié le 06 juillet 2020 - 15:10

La Suisse se voit volontiers comme un pays où l’on travaille dur. Même à l’étranger, cette image de l’Helvète ponctuel, méticuleux et travailleur semble très répandue. Mais ce cliché résiste-t-il à un examen de la réalité?

Plusieurs statistiques montrent la durée moyenne du travail dans différents pays. Et suivant la manière de la mesurer, on arrive à des conclusions très différentes.

Nous allons montrer les quatre indicateurs les plus importants et les classer pour voir à quel point les Suisses sont vraiment travailleurs.

En comparaison mondiale, on travaille peu en Suisse

Des chercheurs de l’Université de Groningen, aux Pays-Bas, ont compilé les données sur la durée annuelle moyenne du travail dans différents pays des cinq continents. Avec ce premier graphique, la question semble déjà réglée: par rapport au reste du monde, les Suisses travaillent peu.

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La Suisse s’inscrit dans une tendance mondiale. Les chiffres montrent que plus la prospérité augmente, plus la durée du travail diminue. Mais il y a quelques exceptions. Les plus notables sont Singapour et Hong Kong, qui malgré leur haut niveau de richesse continuent à travailler autant que la Chine.

Les États-Unis se distinguent également. Malgré un niveau de prospérité qui n’est que légèrement inférieur, les employés américains travaillent en moyenne annuelle nettement plus que les Suisses.

Ceci s’explique en grande partie par le fait que les Suisses ont davantage de jours de congé garantis par la loi que les Américains. En Suisse, par exemple, il existe un minimum légal de quatre semaines de congés payés par an, mais pas aux États-Unis.

Cependant, les citoyens suisses ne veulent pas aller au-delà de ces quatre semaines. À la surprise de la presse internationale, ils ont nettement refusé en 2012 dans les urnes l’initiative populaire «Six semaines de vacances pour tous».

En comparaison européenne, un plein temps représente un horaire assez lourd

Vu que la durée annuelle du travail dépend du niveau de prospérité et des conditions légales comme la durée des vacances garanties, l’analyse suivante se concentre sur des pays dont ces domaines peuvent être comparés à la Suisse.

Ici aussi, les chiffres que l’on prend en compte et la méthode de mesure jouent un grand rôle.

Commençons par un graphique qui montre le temps de travail hebdomadaire moyen des employés à plein temps dans les différents pays d’Europe. Les chiffres sont ceux d’une semaine de travail normale. Contrairement aux données de la comparaison mondiale ci-dessus, ils sont cette fois indépendants du nombre de jours de congé garantis dans chaque pays.

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Contrairement à ce que l’on a vu dans la comparaison globale des temps de travail annuels, la Suisse, avec 42 heures et 24 minutes par semaine, est ici nettement en tête. Les seuls autres pays d’Europe où l’on travaille plus de 40 heures sont l’Islande, la Roumanie, la Grande-Bretagne, Malte et le Luxembourg. Selon cet indicateur, même les Allemands, qui ne passent pas précisément pour des fainéants, travaillent nettement moins que les Suisses.

Bien que la demande de plus de temps libre ait augmenté avec la hausse de la richesse ces dernières décennies en Suisse, le temps de travail hebdomadaire régulier pour un emploi à plein temps a moins diminué que dans les pays comparables.

Jan-Egbert Sturm, professeur d’économie à l’École polytechnique fédérale de Zurich et directeur du Centre de recherches conjoncturelles KOF, l’explique ainsi: «La culture suisse est une culture du travail et d’une certaine manière encore nettement calviniste. Être travailleur est vu comme une très bonne qualité».

Beaucoup travaillent à temps partiel, surtout les femmes

La comparaison mondiale ne prend pas seulement en compte les employés à plein temps, mais toutes les travailleuses et tous les travailleurs. Si l’on applique cette manière de compter à la comparaison européenne, l’image se relativise à nouveau et se rapproche de ce qu’on a pu observer dans le premier graphique.

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Si l’on tient compte des temps partiels, la durée moyenne de la semaine de travail en Suisse tombe à 35 heures et 36 minutes. Ce qui en fait un des pays où elle est plutôt basse.

Les plus de 42 heures d’une semaine à plein temps seraient-elles simplement trop pénibles pour la plupart des Suisses?

Le fait est qu’en comparaison européenne, une grande part de la population travaille à temps partiel. Cependant, il y a là un clair fossé entre les genres: ce sont surtout les femmes qui travaillent à temps partiel, pas les hommes.

Ceci aussi peut s’expliquer par des facteurs culturels, selon Jan-Egbert Sturm: «En Suisse, on est encore dans un schéma très traditionnel, dans lequel l’homme travaille à plein temps et la femme travaille certes de plus en plus, mais dans la plupart des cas pas à plein temps».

Tout le monde au travail

Même si l’on prend en compte les employés à temps partiel, de nombreuses personnes n’entrent pas dans la statistique. Si l’on inclut dans le calcul de la semaine de travail toutes les tâches non salariées, alors, la Suisse remonte près de la tête du classement.

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En moyenne, chaque personne de 15 ans ou plus travaille 23 heures et 12 minutes par semaine en Suisse, en comptant les chômeurs, les femmes et les hommes au foyer et les autres personnes qui ne touchent pas de salaire pour leur travail. Parmi les pays comparables, seule l’Islande a une population qui travaille plus, et même nettement plus.

L’Office fédéral de la statistique l’explique par le taux d’emploi élevé. Il y aurait en Suisse relativement peu de personnes qui ne travaillent pas. Ce que confirme l’expert du marché du travail Jan-Egbert Sturm: «Si la Suisse se classe aussi haut dans cette statistique, cela tient au taux de participation élevé. En Suisse, il y a beaucoup de gens qui travaillent».

Et cela ne tient pas seulement au taux de chômage traditionnellement bas que connaît le pays.

Que l’on travaille à plein temps, comme c’est généralement le cas pour les hommes, ou à temps partiel, comme les femmes, la conclusion de l’expert reste la même: «On travaille beaucoup en Suisse. Le peuple suisse est effectivement très travailleur».

Avec l’évolution démographique, il sera de plus en plus important à l’avenir que les classes d’âge qui peuvent travailler le fassent. Et ceci pas seulement en Suisse. Toute l’Europe et de nombreux pays dans le monde sont confrontés au fait que la population devient toujours plus âgée, avec la pression croissante que cela engendre sur les systèmes sociaux.

Et bien sûr, il faut noter aussi que le niveau d’emploi dans une économie ne dit rien du caractère travailleur d’une population. Dans les statistiques, le chômage se justifie tout à fait. Mais en tirer des déclarations sur l’assiduité au travail ou la paresse ne serait pas sérieux du tout.

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