Navigation

Skiplink navigation

Éteignez les lumières, qu’on voie le ciel!

La Voie Lactée dans toute sa splendeur, avec la planète Jupiter à gauche. Non, il n'y a pas plus d'étoiles au-dessus de ce coin perdu de l'Ontario que dans notre ciel. La seule différence, c'est que là-bas, on les voit - malgré les lumières d'une ville lointaine, qui éclaircissent l'horizon. Kerry-Ann Lecky Hepburn - NASA

En cette nuit du 12 au 13 août, 4 communes vaudoises sur 10 vont éteindre leur éclairage public, au plus fort de la pluie d’étoiles filantes de l’été. Joli succès pour le Projet Perséides, qui n’en est qu’à sa deuxième édition. Mais la lutte contre la pollution lumineuse est un combat de longue haleine.

Ce contenu a été publié le 12 août 2020 - 08:00

«L’idée est née d’une soirée sur mon balcon, où je voulais montrer les étoiles filantes à ma fille. Et à cause de l’éclairage public, on n’a rien vu d’autre qu’un ciel brun lavasse», raconte Nicolas Genoud, initiateur du Projet Perséides. En juillet 2019, ce passionné du ciel fonde l’association et prend sa plus belle plume pour écrire aux communes du nord vaudois, où il réside. Gentiment, poliment, il leur demande d’éteindre leurs éclairages dans la nuit du 12 au 13 août.

Perséides 2020, du 17 juillet au 24 août

Depuis des siècles, c'est l'événement astronomique le plus célèbre et sans doute le plus regardé dans le monde. Chaque année, l’orbite de la Terre autour du Soleil traverse la traînée de poussières laissée par la comète Swift-Tuttle à chacun de ses passages tous les 133 ans (le prochain sera en 2125). Le plus ancien manuscrit à en faire état est chinois et date de 36 avant Jésus-Christ.

On les nomme Perséides parce qu’elles semblent venir de la constellation de Persée. En réalité ces «étoiles» filantes ne sont guère plus grosses que des grains de riz, qui brûlent en entrant dans l’atmosphère à plus de 200'000 km/h. De tous les phénomènes que l’on peut observer dans le ciel, ce sont de loin les plus proches: une centaine de kilomètres au-dessus de nos têtes, plus bas que la Station spatiale internationale et tous les satellites lancés par l’homme.

End of insertion

Et ça marche ! Avec la ville d’Orbe en tête, une quarantaine de communes de la région jouent le jeu. Hélas, cette nuit-là, le ciel est couvert. «Depuis Orbe, on a surtout vu la pollution lumineuse de Lausanne et d’Yverdon, qui heureusement nous rejoint cette année», se souvient Nicolas Genoud.

Mais qu’importe, la machine est lancée. Pour cette seconde édition, 115 des 309 communes vaudoises ont répondu à l’appel, dont les villes d’Yverdon-les-Bains, Morges, Aigle et Moudon, ainsi que Renens, Chavannes et Pully, dans l’agglomération lausannoise. Et sans la Covid-19, il y en aurait certainement eu plus. «Vevey, Montreux et toute la Riviera partagent le même réseau, donc s’ils y viennent, ce sera ensemble. Mais à cause de la pandémie, ils ont simplement oublié l’appel. Quant à Lausanne, ils ont hésité. Je dirais que c’est un oui politique, mais un non technique», explique Nicolas Genoud, qui a bon espoir de voir le chef-lieu se joindre au Projet l’année prochaine.

Ambitions européennes

Et le mouvement ne demande qu’à s’étendre jusqu’à devenir national, voire européen. Les Vaudois essayeront l’année prochaine de rallier les cantons limitrophes et même la France voisine. En France d’ailleurs, un tiers des communes éteignent déjà systématiquement les lumières pendant une partie de la nuit. Le grand Genève le fait une fois par année à l’enseigne de «La nuit est belle» et des tests en ce sens sont menés dans les montagnes neuchâteloises.

L'Europe vue du ciel. L'image est aussi explicite qu'une carte des densités de population. NASA

Beaucoup a déjà été dit sur les méfaits de la pollution lumineuse. Secrétaire du Projet Perséides, «émerveillée du ciel» et astronome amateure, Gloria Vallone remarque que pour trouver de bonnes conditions d’observation, il faut «chercher des endroits de plus en plus éloignés, voire à la limite partir en camping pour trois jours en pleine nature». Selon les mesures de l’organisation Dark-Sky, l’intensité lumineuse en Suisse augmenterait de 0,5% par an et les zones non éclairées du pays diminueraient chaque année de 3,9%.

Et ceci malgré, voire même à cause de l’arrivée des LED. En effet, il arrive que les économies d’énergie réalisées grâce à elles soient réinvesties pour installer des éclairages supplémentaires. D’autre part, la Suisse a tendance à privilégier les LED «froides» (blanc-bleu), dont la lumière est plus intense et plus agressive que les «chaudes» (jaune orangé).

Dimension poétique

C’est pour cela que Gloria Vallone et ses confrères observent surtout des planètes. Les objets du ciel profond (étoiles, nuages, galaxies), «on ne les voit simplement pas». Et l’astronome amateure ne peut que le regretter. «Je me souviens d’avoir un jour montré Jupiter dans le télescope à une amie. Elle en a pleuré tellement c’était beau. À ne plus voir le ciel, on perd une dimension poétique, il suffit de constater l’émerveillement des gens quand ils le redécouvrent».

Gloria Vallone se dit également concernée par l’impact des éclairages nocturnes sur les cycles naturels et sur la faune sauvage et même sur l’espèce humaine. Préoccupation relayée par de nombreuses organisations, dont Dark-Sky, et l’Office fédéral de l’environnement. Il y a bientôt dix ans que celui-ci a émis des directives pour un éclairage plus réfléchi des espaces et des monuments publics (qui ne devraient plus être illuminés par le bas). Et dans les communes, les choses bougent. Lentement, mais sûrement.

Projet Perséides, deuxième édition, le 12 août 2020 - le reportage de la RTS

Contenu externe

Projet Perséides, première édition, le 12 août 2019 - le reportage de la RTS

Contenu externe
Partager cet article