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Le confinement n’a pas freiné les grévistes du climat

Les grèves pour le climat auront-elles un impact sur le monde de demain, interroge le film d’Adrien Bordone et Bastien Bösinger. ldd

Un film décrypte le mouvement des grèves pour le climat, alors que les militants se réunissent cette semaine pour réinventer leur mobilisation. Les réalisateurs suisses Adrien Bordone et Bastien Bösiger racontent l’engagement écologiste de cinq jeunes: son origine, ses limites et les espoirs qu’il porte. Un combat qui a survécu à la pandémie de Covid-19.

Ce contenu a été publié le 21 septembre 2020 - 13:21

«Je pense à tous mes actes en me demandant ce qui est le mieux pour le climat, car je suis habitée par la peur de détériorer notre planète.» Jeanne, 17 ans, décrit l’angoisse qui la ronge. Une anxiété qui n’est pas de celles qui tétanisent, mais qui décuplent les forces mises au service d’une cause et qui constituent le socle de l’engagement.

Le film des réalisateurs suisses Adrien Bordone et Bastien Bösiger transcrit l’énergie qui a poussé des milliers d’adolescents du monde entier à faire la grève pour le climat, sous l’impulsion de la jeune militante écologiste Greta Thunberg. Dans «Plus chauds que le climat», le combat planétaire qui a marqué 2019 est incarné par Jeanne, Mark, Nina, Léa et Fabio. La caméra suit les cinq jeunes qui s’investissent dans le mouvement à Bienne, ville bilingue à la frontière entre Suisse alémanique et francophone. On entre dans leur univers, partage leurs espoirs et leurs doutes, et découvre leurs motivations profondes.

Au hasard d’une rencontre avec Jeanne, les coréalisateurs s’invitent à une séance du mouvement. «Nous avons été étonnés et touchés par le sérieux et la conviction avec lesquels ces jeunes s’engageaient, notamment parce que nous n’étions pas du tout comme cela à l’âge de 17 ans», raconte Adrien Bordone. Ils sont séduits par leur combat et décident de le porter à l’écran, en suivant ces jeunes dans leur quotidien de militants en devenir.

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«Ils font réellement des sacrifices»

Si les détracteurs reprochent à la génération Greta son manque de cohérence, le décalage entre son discours et son mode de vie, ce n’est pas l’impression qu’ont eue les réalisateurs. Adrien Bordone se dit impressionné par la fermeté des grévistes: «Ils font réellement des sacrifices. Un jour, je suis allé manger à la cantine du lycée avec l’une des militantes. Comme elle n’a rien trouvé qui correspondait aux standards écologiques qu’elle s’était fixés, elle n’a mangé que du pain.»

Pas question pour les militants de prendre l’avion pour un week-end à Barcelone ou de traîner dans les fast-foods. Certains optent pour une alimentation végétarienne ou végane. Ils tentent de réduire au maximum leur consommation, en achetant entre autres des vêtements de seconde main. «J’ai découvert les brocantes avec eux et je me suis rendu compte de l’absurdité de continuer à se vêtir avec des habits neufs», confie le réalisateur. La plupart sont certes étudiants, ont peu de moyens et doivent également se restreindre pour économiser. «Cependant, ils réfléchissent véritablement à la manière d’investir le peu d’argent dont ils disposent», observe Adrien Bordone.

Jeanne fait partie des organisateurs des manifestations pour le climat à Bienne. ldd

«Si tout le monde avait conscience de ce qui nous arrive dessus, nous n’aurions pas de problème, tout le monde serait dans mon état d’angoisse et agirait. Ce n’est pas possible de s’en rendre compte et de se dire que ce n’est pas grave», s’emporte Jeanne. Les jeunes militants font preuve de lucidité sur l’urgence de ralentir le réchauffement climatique, alors que nombre de leurs aînés se voilent la face. «Ils ont encore cet espoir de faire changer les choses, un espoir qu’on perd très vite en vieillissant», remarque le réalisateur.

Leurs revendications ne plaisent pas à tout le monde. Elles agacent même certains. «Ce sont des jeunes de 17 ans qui nous balancent la vérité. Beaucoup d’adultes ont de la peine à le supporter, alors ils se montrent critiques à leur égard», estime Adrien Bordone.

Essoufflement et confinement

Qu’il soit crié dans les rues de Paris, Stockholm, Lausanne ou Bienne, l’objectif de cette jeunesse engagée est le même: réduire les émissions nettes de gaz à effet de serre à zéro d’ici 2030. Des centaines d’adolescents qui prennent d’assaut les centres-villes, qui martèlent des slogans accrocheurs, épaules contre épaules, sans masque et sans distanciation sociale. Des images encore banales il y a un an, qui semblent aujourd’hui appartenir à une époque révolue.

«Ce sont des jeunes de 17 ans qui nous balancent la vérité. Beaucoup d’adultes ont de la peine à le supporter»

Adrien Bordone, réalisateur

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À l’automne 2019 déjà, le mouvement connaît un premier essoufflement. Les grévistes pour le climat ont pourtant ouvert une brèche: les élections fédérales suisses débouchent sur une nette progression des écologistes, plusieurs villes, dont Bienne, ont décrété l’état d’urgence climatique. «On ne peut pas se reposer là-dessus. On n’a pas changé le monde. On n’a même pas changé la Suisse. Ça doit continuer», affirme Fabio, l’un des jeunes biennois.

«Au début d’un mouvement, il y a la spontanéité, l’envie de sortir dans la rue. Par la suite, il faut une structure, transformer l’énergie initiale en quelque chose de plus stable», constate Adrien Bordone. Coup de théâtre toutefois au printemps 2020: une autre crise prend le pas sur toutes les autres, celle du coronavirus. Tout s’arrête, quasiment du jour au lendemain. Plus de voitures sur les routes, d’avions dans le ciel, plus d’école et surtout plus de manifestations dans les rues.

Réinventer le combat

La lutte doit désormais passer par d’autres canaux. Confinés dans leur chambre, les grévistes rêvent que la crise sanitaire débouche sur une prise de conscience. Si la vie peut être mise en quarantaine sans préavis pour se protéger du virus, ne pourrait-on pas changer nos pratiques pour préserver un peu notre Terre? Encore une fois, la désillusion est au rendez-vous. «Rien ne se passe. Les gens veulent retourner à ce qu’on avait avant alors qu’on sait que cela ne fonctionne pas», déplore Jeanne, les yeux brillants.

Ce lundi 21 septembre, des militants pour le climat ont investi la Place fédérale à Berne en guise de coup d'envoi d’une semaine d’action. Keystone / Peter Schneider

«Le confinement a certes donné un coup d’arrêt aux manifestations, mais l’envie de changement, les idées et l’énergie sont toujours bien présentes chez ces jeunes», rassure le coréalisateur du film. Une grande partie des militants optent désormais pour l’engagement politique afin de défendre leur cause. «Ils ont pris conscience qu’ils avaient le pouvoir de changer les choses à ce niveau-là», note Adrien Bordone. Certains sont également tentés de se tourner vers des mouvements plus radicaux à l’image d’Extinction Rebellion, qui revendique l’usage de la désobéissance civile non violente afin d’inciter les gouvernements à agir.

Les différents mouvements suisses pour le climat s’accordent à dire que la grève ne suffit plus. Durant cette semaine du 20 au 25 septembre, ils organisent une «désobéissance civile massive et non violente», au cours de laquelle ils imagineront la suite du combat.

«J’ai l’impression qu’on a tiré la sonnette d’alarme, mais il y a encore trop peu de gens qui se sont vraiment réveillés», conclut Nina, dans le film.

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