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«Prendre position est un poison pour la neutralité»

La neutralité est plus importante que jamais, estime la conseillère nationale de l’Union démocratique du centre (UDC, droite conservatrice) Yvette Estermann, car la Suisse ne peut jouer les médiateurs et promouvoir la paix que si elle ne se positionne pas.

Ce contenu a été publié le 11 février 2021 - 11:38
Yvette Estermann, conseillère nationale UDC

Yvette Estermann est née en 1967 dans l’ancienne Tchécoslovaquie. Elle a étudié la médecine à Bratislava avant de s’installer à Kriens, dans le canton de Lucerne, en 1993. Elle est aujourd’hui conseillère nationale (Chambre basse du Parlement), élue de l’Union démocratique du centre (UDC, droite conservatrice). Elle est membre de la commission de politique extérieure depuis 2007.

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L’origine de la neutralité suisseLien externe remonte au 20 novembre 1815, à la suite du «Congrès de Vienne». Ce jour-là, la Suisse a obtenu des grandes puissances un acte de reconnaissance et de garantie de sa neutralité perpétuelle. Depuis, la Confédération s’est toujours plus ou moins arrangée avec cette neutralité.

Lors de la guerre franco-prussienne de 1870 et durant la Première Guerre mondiale, la Suisse a bénéficié de cette neutralité car elle n’a pas eu à prendre parti.

L’aspect humanitaire s’est avéré être un point central de la neutralité. Il a pris de l’importance durant les deux guerres mondiales ainsi que durant la Guerre froide. La Suisse a pu rester en dehors des événements, ce qui lui a permis d’aider et de servir d’intermédiaire. Personne ne peut dire quelles auraient été les conséquences de la Seconde Guerre mondiale pour la Suisse si elle avait soutenu Hitler… ou le camp adverse.

La neutralité est un bien très précieux qui joue un rôle majeur, peut-être même décisif, en temps de paix comme en période guerre.

Lorsque j’allais à l’école primaire dans l’ancienne Tchécoslovaquie et que nous discutions des «nouvelles du monde», je lisais souvent dans le journal que la Suisse était le centre des pourparlers pour la paix. J’avais alors l’impression que la Suisse et la ville de Genève constituaient le cœur des efforts de paix dans le monde. À l’époque, cela m’a beaucoup impressionnée.

En arrivant en Suisse, je suis donc devenue une grande fan de ce précieux instrument qu’est la neutralité. Malheureusement, elle est devenue la cible d’attaques répétées. Il est bon de discuter de son rôle et de son utilité, mais pas de l’édulcorer ou de l’adoucir. C’est nuisible pour le pays et sa population.

«Quel bien cela peut-il faire au monde ou à la Suisse si nous prenons parti dans chaque conflit?»

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C’est l’ancienne ministre des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, qui a inventé le terme de «neutralité active». Mais qu’est-ce que cela a apporté à la Suisse? Le pays a-t-il bénéficié d’une quelconque manière de cette approche? Au contraire, la Suisse est moins souvent appelée à jouer les médiateurs ou à mener des entretiens diplomatiques entre des parties en conflit. D’autres États ont pris en charge cette tâche et je trouve que c’est dommage. J’aimerais que la Suisse tire parti de son expérience réussie de médiatrice, dans laquelle la critique des gouvernements impliqués ou l’ingérence dans le conflit n’ont pas leur place et ne peuvent être que perturbatrices.

Cela sonne toujours bien, en brandissant le respect des droits humains, de diviser les gens entre «les bons» et «les méchants». Mais comment pouvons-nous faire de la médiation ou promouvoir la paix si nous nous positionnons en amont? C’est un poison pour la neutralité! Il me semble plus important que jamais d’évaluer d’une position neutre les conflits, les litiges et les reproches. Quel bien cela peut-il faire au monde ou à la Suisse si nous prenons parti dans chaque conflit? Renoncer à juger n’est pas un signe de peur ou de faiblesse. C’est une façon courageuse de résoudre les conflits!

«Sans la Suisse agissant comme médiatrice et intermédiaire, le monde serait encore plus chaotique.»

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Concernant l’engagement de la Suisse au Kosovo: les membres de l’armée suisse - dans le cadre de la mission internationale de promotion de la paix Kosovo Force (KFORLien externe) - sont d’une grande importance pour la population de ce pays. Les habitants savent que les soldats appartiennent à une nation neutre. Cet état de fait ne joue peut-être pas de rôle important en dehors du Kosovo, mais pour ceux qui sont directement touchés c’est un élément majeur.

Que se passerait-il si la Suisse renonçait à sa neutralité? Le monde deviendrait-il meilleur ou plus pacifique? J’en doute et je suis convaincue que la Suisse, en tant que pays neutre, doit assumer son rôle considérable sur cette planète. Aujourd’hui et à l’avenir. Sans la Suisse agissant comme médiatrice et intermédiaire, le monde serait encore plus chaotique. Et nous ne pouvons tout simplement pas nous le permettre.

Les opinions exprimées dans cet article sont uniquement celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position de swissinfo.ch.

Dans une série d'articles, les auteurs invités s'expriment sur la justification éthique de la neutralité suisse. Voici les autres contributions:

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