La procédure d'extradition vers les Etats-Unis de la directrice financière du géant chinois Huawei, Meng Wanzhou, débutera formellement le 8 mai, a décidé un tribunal de Vancouver. Son arrestation il y a trois mois avait créé une crise inédite entre Pékin et Ottawa.

Béret pourpre, veste à capuche violette et pantalon de yoga, la fille du fondateur du numéro deux mondial des smartphones, a comparu une trentaine de minutes devant un tribunal de la métropole de la côte pacifique canadienne. Elle ne s'est pas exprimée devant la presse.

Lors d'une audience très administrative, la juge Heather Holmes de la Cour suprême de Colombie-Britannique a fixé au 8 mai le début de l'étude formelle de la demande américaine d'extradition de Mme Meng.

Liberté surveillée

En attendant, cette Chinoise de 47 ans demeure en liberté surveillée à Vancouver où elle possède deux demeures, alors que la Chine, qui a dénoncé un "incident politique grave", presse le Canada de la libérer sans tarder.

Quelques dizaines de manifestants d'origine chinoise attendaient Mme Meng à l'extérieur du tribunal canadien, réclamant son "extradition" et dénonçant les "atteintes" aux droits humains en Chine. L'un d'eux a brûlé un drapeau de la Chine, a constaté une journaliste de l'AFP.

Le ministère américain de la Justice accuse Huawei et sa directrice financière d'avoir contourné les sanctions américaines contre l'Iran, mais aussi d'avoir, via deux filiales, volé des secrets industriels au groupe de télécoms américain T-Mobile.

Huawei a démenti avoir commis le moindre méfait et affirme n'avoir "pas connaissance d'actes répréhensibles de la part de Mme Meng" et être "persuadé que les tribunaux américains aboutiront à la même conclusion".

De nombreuses accusations

La justice américaine avait présenté fin janvier une longue liste d'accusations contre Mme Meng et l'entreprise fondée par son père, un ex-officier de l'armée chinoise.

Après avoir étudié le dossier américain, le parquet canadien a conclu vendredi dernier qu'il existait "suffisamment de preuves à présenter devant un juge d'extradition pour une décision". Toutefois, a-t-il insisté, "la demande d'extradition n'est pas un procès".

La décision finale sur l'extradition ou non de Meng Wanzhou reviendra au nouveau ministre canadien de la Justice, David Lametti.

Poursuites contre le Canada

En parallèle de la demande d'extradition qu'ils combattent, en pointant notamment des déclarations tenues sur Twitter par le président américain Donald Trump, qui a lié le cas de Mme Meng aux négociations commerciales entre Washington et Pékin, les avocats de la directrice financière ont entamé une poursuite au civil contre les autorités canadiennes.

Ils dénoncent les "violations graves des droits constitutionnels" de Mme Meng lors de son arrestation et de son interrogatoire à l'occasion d'une escale à l'aéroport de Vancouver le 1er décembre, et réclament des dommages et intérêts.

Ses avocats contestent notamment les conditions dans lesquelles Mme Meng aurait été interrogée pendant trois heures par les douaniers, officiellement dans le cadre d'une inspection de routine, avant de se voir signifier son arrestation officielle. Les douaniers auraient fouillé ses téléphones et ordinateurs ainsi que ses bagages, en violation de ses droits selon ses avocats.

Mme Meng a été remise en liberté conditionnelle à la mi-décembre à Vancouver, moyennant le dépôt d'une caution de 10 millions de dollars canadiens (7,5 millions de francs), le port d'un bracelet électronique et la remise de ses passeports.

Crise diplomatique

Pékin voit dans cette affaire une tentative de miner son fleuron des télécoms, soupçonné par plusieurs services de renseignement occidentaux d'espionnage au profit de la Chine.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a répété qu'il n'y avait jamais eu "d'intervention politique" et que le Canada était "un Etat de droit".

Depuis l'arrestation de Mme Meng, la Chine a arrêté deux Canadiens, dont un ancien diplomate qu'elle soupçonne d'espionnage, tandis qu'un tribunal chinois en a condamné à mort un troisième, mais Pékin assure que ces mesures sont sans lien avec l'affaire Huawei.

Dernier épisode en date: la Chine a bloqué les importations du colza produit par la société Richardson, le plus grand producteur agricole canadien, qui se dit "pris au milieu d'un conflit bien plus grand".

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