A Genève, le téléphone se refait une nouvelle vie sur le web
Téléphoner via l'Internet, c'est encore un gadget. Mais ce moyen de communication vocale pourrait se développer rapidement. Faudra-t-il le réglementer? C'est l'une des questions posées cette semaine à Genève au Forum mondial des politiques de télécommunication.
L’Union internationale des télécommunications (UIT) a mis la téléphonie IP à son ordre du jour. IP comme Internet Protocol, c’est-à-dire une nouvelle technologie de transport de la voix qui un jour ou l’autre fera sans doute une sérieuse concurrence au téléphone traditionnel.
Téléphoner via IP, c’est se connecter à partir de son ordinateur (équipé d’un logiciel, d’un micro et de hauts-parleurs ou écouteurs ad hoc) vers un autre ordinateur ou vers un téléphone d’un réseau fixe ou mobile en passant par le web. La voix est numérisée, décomposée et envoyée par «paquets», puis reconstituée à l’autre «bout du fil».
En Suisse, ce mode de transmission vocale est encore peu utilisé, mais son développement devrait suivre la courbe de croissance exponentielle constatée par l’UIT sur le plan international. Selon ses estimations, les réseaux IP auraient acheminé l’an dernier dans le monde quelque quatre milliards de minutes de trafic téléphonique.
La qualité de la communication IP est encore bien éloignée de celle du téléphone. Par contre, son prix défie toute concurrence et c’est là que le bât blesse. «C’est une technologie perturbatrice, dit Tim Kelly, l’un des stratèges de l’UIT. Elle casse la structure actuelle des prix. Elle prive les opérateurs publics d’une partie importante de leurs revenus les plus lucratifs.»
Faut-il dès lors la réglementer? «Tant qu’on se limite à faire de la téléphonie uniquement sur le web, d’un PC à un autre, c’est une simple prestation à valeur ajoutée, et ce n’est donc pas soumis à réglementation» nous explique Hassane Makki, collaborateur scientifique à l’Office fédéral de la communication (OFCOM).
Par contre, précise-t-il aussitôt, «la question se pose à partir du moment où l’on utilise le protocole internet pour communiquer d’un téléphone à un autre: en Suisse comme dans tous les pays qui ont opté pour l’ouverture du marché des télécommunications et qui ont défini de nouvelles règles en matière de service téléphonique, cela fait problème. L’OFCOM planche sur le sujet, mais n’a pas encore de réponse.»
Swisscom non plus, même si son nouvel annuaire en ligne – pagesblanches.ch – permet d’appeler par un simple clic et sans frais supplémentaires un numéro préalablement recherché.
«On en est encore aux balbutiements, constate Christian Neuhaus, porte-parole du principal opérateur suisse, la téléphonie IP est surtout utilisée par les mordus d’informatique.» Elle se développe par contre plus rapidement dans les systèmes intranet des entreprises.
Quoi qu’il en soit, on peut raisonnablement imaginer que cette technologie figurera d’une manière ou d’une autre dans le prochain cahier des charges de l’opérateur suisse de service universel (celui qui doit fournir des prestations identiques à l’ensemble de la population).
Cela dit, il faut noter que ce Forum spécial sur la téléphonie IP a été convoqué par l’UIT à la demande expresse des pays en développement qui ne savent pas toujours comment réagir à cette révolution à la fois technique et économique. Mais également politique là où les réseaux publics – véritables vaches laitières – sont toujours sous le contrôle intéressé de l’État.
Quelle pourrait être la réponse? «Ce que la Suisse peut faire, commente Hassane Makki, c’est, par le biais des recommandations discutées au Forum, sensibiliser ces pays sur l’importance de faire migrer leurs réseaux vers le protocole IP et de réviser leurs politiques de monopole afin d’attirer des investisseurs et des opérateurs techniques».
L’objectif à long terme, pense-t-il, «c’est de faire en sorte, grâce à cette nouvelle technologie, que les gens de ces pays aient accès, d’une manière plus ouverte et plus démocratique, à des prestations et des services aussi importants aux citoyens de là-bas qu’à ceux d’ici.»
Bernard Weissbrodt
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