Des parlementaires sud-coréens contre l’envoi de bœuf suisse au Nord
Les projets de certains pays européens, dont la Suisse et l'Allemagne, d'envoyer en Corée du Nord des excédents de viande de boeuf sont critiqués à Séoul. Des députés demandent à leur gouvernement d'intervenir. Ils ont peur de la maladie de la vache folle.
La Corée du Nord garde le silence sur les 500 tonnes de bœuf que la Suisse veut lui donner pour l’aider à nourrir sa population victime, plus souvent qu’à son tour, de famine. Mais ce sont des parlementaires sud-coréens qui expriment les craintes les plus vives au sujet de la qualité de la viande suisse.
Si les dangers qu’elle soit contaminée par l’encéphalopathie spongiforme bovine ou ESB n’étaient pas aussi grands, disent-ils, la Suisse ne se montrerait, peut-être, pas aussi généreuse. Et son empressement à l’envoyer au Nord s’explique, sans doute, par sa tentative de réanimer un marché local du bœuf qui s’est effondré.
Les parlementaires sud-coréens ajoutent qu’avec l’accroissement des échanges commerciaux entre les deux Corées, force est de constater que la viande suisse livrée au Nord pourrait, si elle était contaminée, poser un risque grave pour le Sud épargné, jusqu’ici, par ce fléau.
Chung Chul-ki, un membre du Parti démocrate pour le Millénaire a déclaré: «Nous devons stopper l’envoi du bœuf suisse vers la Corée du Nord. Si le gouvernement n’y parvient pas, nous prendrons la mer pour empêcher les bateaux d’arriver chez notre frère du Nord».
Les Coréens du Sud sont pourtant divisés sur cette offre des gouvernements suisse et allemand. «Cela pose un problème éthique, écrit un éditorialiste. La Suisse a retiré le bœuf de ses écoles depuis que ses bovins ont été infectés mais elle n’a pas d’hésitation à l’exporter vers la Corée du Nord. En pensant que si celle-ce l’accepte, les Suisses se remettront à manger du bœuf. C’est immoral».
D’autres Coréens du Sud, travaillant pour des organisations humanitaires qui assistent la Corée du Nord, comme Korean Sharing Movement, tiennent un autre raisonnement. L’un de ses responsables Hong Sang-young affirme: «Si la Corée du Nord pouvait rejeter une telle aide de la Suisse, ce serait, bien sur, idéal. Mais elle ne peut pas s’offrir un tel luxe.»
«Dans ces circonstances, poursuit-il, mieux vaut prendre le risque d’accepter cette viande. Car il n’y a aucune différence entre mourir de faim et mourir de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Il est préférable pour des Coréens du Nord affamés de manger cette viande qui prolongera leur vie plutôt que de mourir immédiatement de famine.»
La Corée du Nord ne confirme pas si elle a accepté ou non l’offre suisse. Une offre à propos de laquelle Berne souligne d’ailleurs qu’elle concerne de la viande de qualité irréprochable.
Mais laissant se développer une telle émotion au Sud, il se peut que Pyong-Yang cherche à forcer le gouvernement sud-coréen à augmenter son aide alimentaire. Si elle obtient ce qu’elle demande, elle pourra, en contrepartie, décliner l’offre suisse. C’est une autre forme de chantage du faible au fort, dont la Suisse n’est que le prétexte.
Georges Baumgartner, Tokyo
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