La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse

Entre la Suisse et l’Italie, le pont de la discorde

Ponte Tresa est un important point de passage entre la Suisse et l'Italie. Keystone Archive

Entre Ponte Tresa (Suisse) et Ponte Tresa (Italie) coule la rivière Tresa. D'un côté et de l'autre du pont qui l'enjambe, se trouvent les postes de douane. Or le Tessin souhaite démolir ce trait d'union entre les villages-frontière. Le projet n'est pas du goût de tous.

Chaque fin de semaine, Ponte Tresa Suisse, à l’extrémité du Malcantone (ouest de Lugano) est traversé par des milliers de voitures. Au volant, les Tessinois qui, profitant du change favorable, se rendent à Lavena-Ponte Tresa, en Italie, pour y faire leurs courses.

Projet d’amélioration

Au fil des ans, l’augmentation massive du trafic routier, due aussi au va-et-vient quotidien des frontaliers, a eu des répercussions néfastes sur l’environnement. Elle a incité le canton à envisager une amélioration du réseau routier. Ainsi, sous le nom de «Plan des transports publics du Luganese» (PTL), un projet a été mis sur pied au milieu des années 80.

Approuvé par le Parlement tessinois le 10 mai 1999, ce projet a reçu l’aval de la Confédération qui subventionnera une partie des coûts estimés à 180 millions de francs environ. Il prévoit un réaménagement du transit de Ponte Tresa et de son accès sur l’Italie.

Démolition du pont prévue

Une nouvelle douane devrait être construite à un kilomètre environ en aval de l’actuelle. Le pont international qui relie Ponte Tresa et sa «consoeur» italienne devrait être abattu.

C’est là que le bât blesse d’un côté comme de l’autre de la frontière. Si la construction de la nouvelle douane est plus ou moins acceptée par les villages concernés, la démolition du pont-trait d’union est loin de faire l’unanimité.

Tessin favorable

Au Tessin, la municipalité de Ponte Tresa a approuvé le projet: «Ponte Tresa, nous dit son maire Silvano Grandi, radical, en place depuis 1980 est asphyxié par la pollution.»

M. Grandi estime que sa localité a besoin d’une bouffée d’oxygène: «Si la route de transit vers l’Italie était déplacée et le pont abattu, Ponte Tresa retrouverait sa vocation de village lacustre et touristique avec ses accès directs au lac.» Mais son opinion n’est pas celle de tous ses concitoyens, commerçants en premier lieu.

Ainsi, le pharmacien Tullio Righinetti, député radical au Parlement tessinois qu’il a présidé en 1994 et maire de Ponte Tresa de 1970 à 1974 est catégorique: «La prise de position de la municipalité ne reflète pas celle des habitants. Les gens acceptent le déplacement de la douane mais refusent la démolition du pont.»

Hybride et difforme

Auteur d’un recours soumis au Tribunal cantonal de la planification territoriale, Tullio Righinetti estime que «le pont est un symbole italo-suisse qui assure les échanges commerciaux, culturels et touristiques entre les deux localités. S’il était démoli, notre village deviendrait hybride, difforme et inutile.»

Pour l’éviter, il vient de soumettre un nouveau projet au canton. Parmi les opposants, une soixantaine de commerçants locaux font front commun. Eux aussi ont recouru contre le projet. Ils argumentent notamment que «la démolition du pont ferait perdre à Ponte Tresa, une superficie d’environ 5000 m². C’est énorme pour la plus petite commune de Suisse.»

Opposition italienne unanime

Sur le versant italien, la municipalité de Lavena-Ponte Tresa est unanimement opposée à la destruction du pont contre laquelle elle a recouru à Berne. Maire depuis 1997, Grazia Donata Mina, 51 ans, de l’entente «Nuovo Corso» (proche de Silvio Berlusconi), fera tout ce qui est en pouvoir pour l’empêcher.

«Ce pont est notre histoire commune, lance-t-elle, il unit deux rives et deux pays, il appartient à notre culture et à notre identité, il est notre histoire et doit rester en place.»

Grâce au pont, construit il y a une quarantaine d’années, et à l’accès direct sur la Suisse, Lavena-Ponte Tresa a progressé de 900 à 6000 habitants environ: «Nos 420 commerces emploient 1800 personnes, toute la vie de notre communauté dépend du pont». Le village-frontière se vante d’ailleurs de posséder un des niveaux de vie les plus élevés d’Italie.

Porte sur le nord de l’Europe

Mme Mina se dépense sans compter pour sauver «son» pont: «A l’heure où il est question de construire un viaduc sur le détroit de Messine en Sicile, ironise-t-elle, ce serait le comble que celui de Ponte Tresa qui est notre porte sur le nord de l’Europe soit sacrifié.»

En septembre prochain, le maire se rendra à Rome exposer son point de vue et celui de quasiment toute la population. Le pont sur la Tresa appartenant par moitié à l’Italie, le gouvernement doit donner son aval à la démolition.

Gemma d’Usro, Lugano

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision