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La guerre de l’acier n’épargne pas la Suisse

A Emmenbrücke, au siège de Swiss Steel, on ne craint pas de conséquences économiques immédiates aux mesures décidées par Washington. Keystone Archive

Les Européens portent plainte à l'OMC contre les États-Unis. Moins directement concernée que d'autres, la Suisse attend pour se prononcer.

La réaction européenne ne s’est pas fait attendre, après la décision du président Bush d’imposer pendant trois ans jusqu’à 30% de taxes sur certaines importations d’acier. L’Union européenne (UE) a saisi, jeudi à Genève, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour trouver une issue à ce nouveau différend commercial.

Dans ce genre de situations, la première étape consiste à organiser des consultations entre les parties en conflit. Si aucun accord n’est obtenu dans les 60 jours, les Européens seront alors en droit de demander la médiation des experts de l’OMC. La procédure pourrait alors prendre plusieurs mois.

Le temps de la concertation

A Berne, au Département fédéral de l’économie, on dit suivre l’affaire de près. Mais sans précipitation aucune puisque les règles de l’OMC fixent des délais qui laissent place à la concertation et à l’analyse des informations. Pour le moment, on s’en tient au statu quo.

D’un côté, explique Robin Tickle, porte-parole du Département de l’économie, il s’agit d’étudier les positions de l’UE. Ce qui ne veut pas dire que la Suisse s’alignera sur la réaction de Bruxelles. Mais qu’elle la prendra en compte dans ses décisions.

D’un autre côté, Berne veut prendre langue avec les industries suisses concernées par les mesures unilatérales américaines. Il s’agit d’en analyser d’abord les conséquences concrètes pour l’économie suisse et de définir ensuite une position politique conforme aux intérêts suisses.

Contraire au libéralisme

A Emmenbrücke, au siège de Swiss Steel, entité qui regroupe les trois grandes usines suisses de produits en acier, on tient un langage moins convenu.

«Nous soutenons toutes les actions de l’Union européenne, précise Arnold Huber, son directeur financier. Les décisions américaines contredisent le libéralisme international. Il faut donc faire quelque chose.»

Le Groupe Swiss Steel ne craint pas de conséquences économiques immédiates aux mesures décidées par Washington. Car ses exportations vers les États-Unis sont minimes. Deux tiers de sa production sont écoulés en Europe, le tiers restant en Suisse.

Par contre, on n’exclut pas, par ricochet, une possible et forte pression sur les prix: il risque d’y avoir sur le marché européen trop d’acier et pas assez de débouchés. Ce serait bien mal venu après une année de baisse et alors que la conjoncture semble à la reprise.

Retombées psychologiques

Même analyse à Swissmem, au cœur de l’industrie suisse des machines, des équipements électriques et des métaux. L’an dernier, les divers produits classés sous la rubrique «fer & acier» n’ont représenté que 0,6% des exportations de ce secteur, essentiellement des produits usinés.

Au secrétariat de Swissmem, on ne se dit cependant pas très heureux de l’attitude unilatérale adoptée par les États-Unis. On estime que les accords conclus sous l’égide de l’OMC doivent être acceptés et respectés par tout le monde sans exception.

Enfin, du côté de la société Thyssen Suisse, filiale du Groupe allemand ThyssenKrupp qui occupe un bon quart du marché de la distribution de l’acier en Suisse, on confirme le sentiment général que l’industrie helvétique ne sera sans doute pas directement touchée par les mesures américaines. Mais que toute cette affaire cependant frappe beaucoup les esprits. Appelons cela de l’inquiétude bien fondée.

swissinfo/Bernard Weissbrodt

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