La viande bio ne fait pas recette
En Suisse, le bio séduit toujours plus. L'an dernier, son chiffre d'affaires a progressé de 18%. Seule ombre au tableau, la viande dont les ventes stagnent. Mais paradoxalement, pas uniquement à cause de l'ESB et de la fièvre aphteuse.
Plus de 5800 domaines agricoles pratiquent déjà l’agriculture biologique. Et, cette année, 690 nouvelles entreprises amorcent leur reconversion. Avec 9% de leur surface agricole cultivée selon les normes bio, la Suisse et l’Autriche se partagent le leadership mondial de l’agriculture biologique.
Côté ventes, le bio se porte également très bien. L’an dernier, son chiffre d’affaires a augmenté de 18% pour atteindre les 784 millions de francs. Le tableau serait parfait, s’il n’était pas terni par la stagnation des ventes de viande bio. Ce secteur clé de l’agriculture biologique n’atteint toujours pas les 2% du marché.
Une stagnation qui, selon les professionnels du bio, ne s’explique pas uniquement par les scandales à répétition qui touchent la filière de la viande.
«Le bio doit améliorer sa communication pour mieux se démarquer de l’élevage traditionnel, admet Christof Dietler, directeur de Bio Suisse. Et ses efforts de promotion doivent être soutenus par les grands distributeurs.»
«Coop et Migros distribuent de la viande bio, ajoute Cordelia Galli, responsable du marketing de Bio Suisse. Mais l’assortiment est généralement limité et les morceaux de viande, préemballés, sont vendus uniquement en self service. Ce qui limite les possibilités de communication avec le client».
En clair, les grands distributeurs vendent tous du bio et utilisent volontiers cette image pour satisfaire aux besoins de leur marketing. Mais ils sont peu enclins à soutenir un secteur, celui de la viande, qui ne pèse pas très lourd dans leur chiffre d’affaires.
Mais, depuis quelques années, l’offre ne cesse de progresser. Notamment chez Coop. «En 1998, affirme Karl Weisskopf, porte-parole du numéro deux de la distribution, quelque 40 magasins distribuaient de la viande bio préemballée. Aujourd’hui, ils sont 70. Et, d’ici la fin de l’année, ils devraient être 120».
Mais cette stratégie risque de ne pas suffire à doper les ventes. En effet, la viande bio reste de 20 à 50% plus chère que celle des élevages traditionnels.
«La plupart des consommateurs ne savent pas que cet aliment est le résultat d’une production entièrement biologique, de la fumure des sols à l’abattage, en passant par l’alimentation du bétail», souligne François-Philippe Devenoge, agriculteur, vice-président de Bio Suisse.
Par ailleurs, le bio est concurrencé par de nombreux labels qui n’ont rien de biologique. Soumis à des normes de production moins strictes, et donc moins chers, ils ont le vent en poupe.
A preuve, les ventes de viande commercialisée par Coop, sous le Label Naturaplan, ont progressé de 68% l’an dernier. Dans un même temps, chez le même distributeur, les produits carnés biologiques, eux, n’affichaient qu’une progression de 40%.
«C’est de bonne guerre, déclare François-Philippe Devenoge, les distributeurs ont tout intérêt à promouvoir leur propre label. Et il ne manquent pas de le faire.»
Vanda Janka
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