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Les CFF menacés par le syndrome SAirGroup

Les CFF restent pour l’instant de marbre. Keystone

Après les remous provoqués par l'échec cuisant de la stratégie d'expansion de SAirGroup, on commence à s'inquiéter, notamment sous la coupole fédérale, des projets qu'ont les CFF à l'étranger, en particulier en Angleterre.

Les Chemins de fer fédéraux (CFF) sont-ils sur le point de suivre le (mauvais) exemple de SAirGroup? Qui, à force d’investir dans des sociétés étrangères, se retrouve aujourd’hui en pleine débâcle financière.

Bien sûr, les CFF n’en sont pas encore là. Et de loin. Mais, parallèlement à leurs collaborations avec les chemins de fer des pays voisins, ils ont toujours l’intention de prendre pied sur le marché du rail britannique, en essayant d’obtenir la permission d’exploiter deux réseaux dans la région de Londres.

Seulement voilà. A la lumière du cas SAirGroup, ce projet anglais commence à éveiller les soupçons parmi les parlementaires fédéraux. Les responsables des CFF sont d’ailleurs invités à apporter des éclaircissements sur leur stratégie, lors d’une prochaine séance de la Commission des transports et des télécommunications du Conseil des Etats.

Pour son président, Hans Hess, «l’exemple Swissair montre qu’une analyse précise, en profondeur, doit être faite avant que l’engagement anglais des CFF puisse avoir lieu.» Un engagement dont le radical obwaldien veut donc connaître les détails. Et d’ajouter: «nous verrons ensuite si devons procéder à une intervention parlementaire».

Des doutes sont apparus, à vrai dire, dès le moment où cette idée a été lancée, en septembre dernier. Le SEV, le syndicat du personnel des transports, l’avait alors qualifiée de «projet à risque». «Le cas Swissair nous conforte évidemment dans cette opinion», précise aujourd’hui son vice-président, Benoît Rohrbasser.

Les CFF, de leur côté, restent pour l’instant de marbre. «Notre situation n’est pas comparable à celle de SAirGroup», fait remarquer leur porte-parole, Jean-Louis Scherz, en insistant sur la qualité du partenaire anglais et sur le fait que le conseil d’administration de CFF garde, à chaque stade du projet, son droit de veto, «de façon à éviter tout dérapage».

En fait, tous les anciens monopoles – les CFF, SAirGroup, mais également Swisscom et La Poste – semblent devoir, un jour ou l’autre, succomber à la tentation d’une expansion à l’étranger. Et ce n’est pas un hasard, comme l’explique Matthias Finger, professeur à l’IDHEAP, à Lausanne: «avec la libéralisation, les ex-monopoles perdent nécessairement, en Suisse, des parts de marché».

Si elles veulent conserver leur taille, voire croître, ces entreprises doivent donc, selon Matthias Finger, obligatoirement se tourner vers l’extérieur. Reste à trouver la bonne stratégie. Qui peut aller d’une simple extension du marché local – c’est le cas de La Poste en Italie du Nord – à une stratégie quasi financière – c’est le cas de Swisscom en Asie.

Une situation qui comporte, de toute façon, des risques plus ou moins grands, mais que l’on ne semble pas toujours, en Suisse, prêts à admettre. «C’est une attitude très ambiguë, juge Matthias Finger. On veut la libéralisation, mais on n’est pas prêt à en accepter toutes les conséquences. Il faut accepter certains risques, mais des risques calculés, bien évidemment».

Pierre Gobet, Zurich

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