Les Suisses n’ont pas peur de Pfizer-Pharmacia
Le géant américain Pfizer avale Pharmacia. Une nouvelle donne qui n'inquiète pas outre mesure les groupes Novartis et Roche.
Le fabricant du célèbre Viagra va débourser quelque 60 milliards de dollars pour acquérir une compagnie pharmaceutique plus petite que lui, mais aussi basée aux Etats-Unis.
De cette transaction – qui se fera par échange d’actions – va faire naître un mastodonte, qui contrôlera un dixième du marché mondial. C’est-à-dire, un numéro un incontestable, avec 48 milliards de dollars de revenus prévus pour 2002, et un budget recherche et développement de 7 milliards de dollars.
Une transaction qui ne semble pas faire peur à Novartis. «Je ne pense pas que cela nous mette sous pression, commente Mark Hill, son porte-parole. Pfizer, qui était déjà le numéro un du secteur, devient simplement un numéro un peu plus gros.»
Course à la puissance
«L’important pour Novartis, poursuit Mark Hill, c’est de pouvoir demeurer compétitif sur le marché des médecins généralistes. Or, pour l’instant, cela semble être le cas, puisque nous progressons en parts de marché.»
L’opération Pfizer-Pharmacia établit tout de même une nouvelle donne sur le marché. Elle pourrait bien lancer une nouvelle vague de concentrations, après celle des années 90. A la recherche de plus de profit.
«Dans le contexte actuel de l’industrie pharmaceutique, relève Pascal Franc, analyste chez Pictet et Cie, à Genève, la productivité de la recherche et développement est relativement faible.»
«Les pressions sur les prix augmentent, poursuit-il, notamment avec l’arrivée d’un grand nombre de génériques sur le marché. Aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration est beaucoup plus exigeante qu’auparavant. Il y a aussi la volonté des Etats de contenir leurs dépenses de santé.»
Rapprochement Roche-Novartis?
«Visiblement, confie Mark Hill de Novartis, notre désir est de trouver de bonnes occasions. Pour nous, cela va permettre d’élargir le champ des partenaires potentiels.»
En Suisse même, la fusion américaine devrait relancer la question d’un rapprochement entre les «deux Bâloises», Roche et Novartis. «Quelque chose de naturel, qui irait tout à fait dans la mouvance actuelle», commente Michel Venanzi, chez Lombard Odier Darier Hentsch et Cie, à Genève.
«L’industrie pharmaceutique est encore très fragmentée. Pour vendre des produits, explique Michel Venanzi, il faut une puissance commerciale très forte, particulièrement sur le marché américain.»
«Or, ajoute-t-il, aujourd’hui, aussi bien Roche que Novartis jouent en ligue B, face à des géants comme Pfizer et GlaxoSmithKline. Un rapprochement leur permettrait de revenir au premier plan.»
Un rapprochement qui intéresse Novartis. Son patron, Daniel Vasella, l’a d’ailleurs encore rappelé récemment. «Sans aucun doute, Novartis et Roche seraient ensemble une société formidable», déclarait-il la semaine passée à un magazine allemand.
Pour se marier, il faut être deux
Preuve concrète de cet intérêt: la prise de participation de Novartis dans le capital de Roche, à hauteur d’un peu plus de 20 %. Mais, pour se marier, il faut évidemment être deux. Et chez Roche – où rien ne se fait sans l’accord des familles fondatrices -, on n’est pas convaincu.
«Nous nous concentrons sur la croissance interne, réagit Daniel Piller, porte-parole de Roche. Nous ne sommes pas en discussions et nous ne croyons pas en la valeur de mégafusions.»
Daniel Vasella l’a confirmé lundi: il n’y pas de négociations avec la voisine bâloise. Le patron de Novartis a en outre rappelé que son homologue de Roche, Franz Humer, avait répété à plusieurs reprises qu’il n’était pas question de fusionner.
Parions, toutefois, que la question reviendra régulièrement sur le tapis. Une telle fusion aurait d’ailleurs un certain nombre d’inconvénients. Elle serait sans doute lourde de conséquences pour Bâle et sa région. Et elle ne réglerait pas non plus la question du marché américain.
«Daniel Vasella cherche absolument à augmenter son exposition sur ce marché, qui est le plus profitable», relève en effet Michel Venanzi.
Et l’analyste de conclure: «Un rapprochement entre Suisses ne serait peut-être qu’une toute première étape. Elle permettrait en tout cas de se donner assez de puissance pour aller chercher quelque chose de l’autre côté de l’Atlantique.»
swissinfo/Pierre Gobet à Zurich
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