La Genève internationale est-elle encore un terrain neutre?
Chère lectrice, cher lecteur,
Les votations fédérales paraissent parfois bien éloignées des préoccupations de la Genève internationale. Ce ne sera pas le cas le 27 septembre, lorsque le peuple suisse se prononcera sur une initiative visant à ancrer plus solidement la neutralité dans la Constitution.
Les initiants, emmenés par Christoph Blocher, estiment que la Suisse a abandonné sa neutralité historique en adoptant les sanctions de l’Union européenne contre la Russie après l’invasion de l’Ukraine. Selon eux, Berne aurait alors perdu sa crédibilité en tant que médiateur potentiel et la Genève internationale sa légitimité comme terrain neutre.
Mais est-ce vraiment le cas? La Russie a effectivement déclaré que la Suisse n’était plus neutre et l’a placée sur sa liste des «pays inamicaux». En parallèle, Moscou a toutefois maintenu une importante présence diplomatique à Genève. Et de discrètes rencontres entre Russes et Ukrainiens y ont eu lieu depuis le début de la guerre.
Une source m’a récemment confié que l’acceptation ou le rejet du texte ne changerait rien pour la Genève internationale. Celle-ci est par ailleurs confrontée au problème bien plus grave du déclin de toute l’architecture de gouvernance mondiale mise en place dans l’après-guerre.
Une autre source a souligné que le problème n’est pas tant l’adoption de sanctions contre un État violant manifestement le droit international que les doubles standards. Selon elle, c’est plutôt l’absence d’une réponse aussi ferme aux crimes de guerre commis au Soudan ou à Gaza qui donne l’impression à certains pays que la Suisse s’écarte de sa neutralité.
Toute la question est de savoir comment le résultat, quel qu’il soit, sera perçu à l’étranger. Un rejet pourrait par exemple être exploité par Moscou comme la confirmation que la Suisse renonce à sa neutralité. Alors que les sondages tablent sur un «non» dans les urnes, Berne devrait se préparer dès aujourd’hui à défendre sa position bien au-delà des frontières helvétiques.
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Dorian Burkhalter
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