Politique fédérale

Jusqu’où ira la Suisse en matière de dépénalisation des drogues?

La Suisse se distingue au niveau international par son approche novatrice dans le domaine des addictions. Elle a adopté une nouvelle politique en matière de drogue au début des années 1990, à l’époque où des centaines de toxicomanes occupaient des places publiques dans les villes de Zurich et Berne. Le Platzspitz, derrière la gare de Zurich, était alors considéré comme la plus grande scène ouverte de la drogue en Europe.  

Ce contenu a été publié le 17 mars 2020 - 10:11
Paula Troxler (illustration)

«L’humain et non la drogue doit être placé au centre de la réflexion actuelle», a déclaré en 2016 le ministre suisse de la Santé Alain Berset, lors de la session extraordinaire des Nations Unies consacrée aux stupéfiants. Depuis 25 ans, la Suisse applique la politique des «quatre piliers»: prévention, thérapie, réduction des risques et répression. Ce modèle jouit d’une grande considération auprès des professionnels des addictions et son efficacité n’est plus à prouver: depuis son entrée en vigueur, les décès dus à la consommation de stupéfiants ont diminué, la criminalité a baissé, la santé des toxicomanes s’est nettement améliorée et les scènes ouvertes ont disparu. 

L’une des grandes nouveautés de cette politique est la distribution médicalement contrôlée d’héroïne. Les toxicomanes ont la possibilité de se rendre dans un centre spécialisé qui leur fournit une dose quotidienne. Les injections se font sur place, sous la surveillance de l’équipe soignante.  

Cette méthode introduite en 1994 profite aujourd’hui à environ 1700 toxicomanes dans toute la Suisse. Elle a permis de diminuer la transmission de maladies, les infections et les overdoses. Les personnes dépendantes ont la possibilité de vivre une vie quasi normale. «Sans ce programme, je serais morte depuis longtemps», confie Evelyn, qui reçoit des prescriptions d’héroïne depuis plus de vingt ans.  

La Suisse s’interroge désormais sur la dépénalisation du cannabis, mais également des drogues dures. Des experts réclament une nouvelle approche dont l’objectif premier devrait être de réduire autant que possible les dommages causés par les stupéfiants. «L’histoire a montré que la prohibition génère plus de problèmes qu’elle n’en résout», soutient Michael Herzig, ancien délégué aux questions de drogue de la ville de Zurich.  

Cette dépénalisation des drogues est contestée et fait encore l’objet de débats nourris en Suisse. Un premier pas a toutefois été franchi avec le cannabis: depuis 2011, on trouve en vente libre des produits contenant un taux de THC très bas, qui n’ont pas d’effet psychotrope. Le gouvernement a également l’intention de faciliter l’accès au cannabis médical, qui pourrait alors être obtenu en pharmacie sur ordonnance. 


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